Rezension über:

Daniele Solvi: L’agiografia su Bernardino santo (1450-1460) (= Quaderni di "Hagiographica"; 12), Firenze: SISMEL. Edizioni del Galluzzo 2014, XIV + 374 S., ISBN 978-88-8450-560-6, EUR 52,00
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Rezension von:
Alain Boureau
École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris
Redaktionelle Betreuung:
Ralf Lützelschwab
Empfohlene Zitierweise:
Alain Boureau: Rezension von: Daniele Solvi: L’agiografia su Bernardino santo (1450-1460), Firenze: SISMEL. Edizioni del Galluzzo 2014, in: sehepunkte 15 (2015), Nr. 9 [15.09.2015], URL: http://www.sehepunkte.de
/2015/09/26426.html


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Daniele Solvi: L’agiografia su Bernardino santo (1450-1460)

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Ce recueil de neuf récits sur la vie de Bernardin de Sienne (1380-1444) se situe dans une vaste entreprise de la Société internationale pour l'étude du latin médiéval (Sismel) de Florence: il s'agit de constituer le dossier hagiographique du saint au XVe siècle, en une série spéciale de la collection, reliée à la valeureuse revue Hagiographica. Quatre volumes sont prévus, le premier sur l'hagiographie antérieure à la canonisation (1450), le deuxième sur les récits biographiques rédigés au cours des dix années qui ont suivi cette canonisation, le troisième sur le canon qui se fixa après 1460 et le dernier doit fournir les instruments de lecture pour l'ensemble de ce corpus.

Seul a paru, et est ici recensé, le deuxième volume, sans doute pour des raisons de commodité éditoriale: il peut se publier rapidement, car il n'implique pratiquement aucun travail ecdotique, puisque les neuf parties de ce corpus proviennent, pour six d'entre elles d'éditions modernes (depuis 1800, en y incluant une édition révisée des premiers Acta sanctorum), pour deux autres, d'incunables et pour l'une d'une publication du XVIIIe siècle. Le lecteur dispose là, en neuf chapitres qui correspondent à autant de sources, d'une collection commode de textes fort dispersés et parfois mal accessibles. Cependant, il manque au lecteur une justification du choix des sources: il est évident quand il s'agit d'opuscules autonomes, mais pour les traités et les séries plus complexes, on aimerait comprendre ce qui a guidé une telle extraction. Par exemple, le texte numéro 6 de Gianozzo Manetti provient d'un traité contre les juifs et les païens, sans que le contexte en soit suffisamment donné. L'extrait des Vite de l'humaniste Vespasiono da Bisticci (texte numéro 7) souffre du même isolement.

Daniele Solvi a accompagné ces textes de brèves, mais précieuses notices et de traductions en italien moderne, pour la plupart dues à Arduino Maiuri. Mais demeure sans traduction le seul document en langue vulgaire, le Fior novello de Sante Boncor. Ce choix est un peu paradoxal pour un lecteur étranger qui comprend bien mieux le latin médiéval que le difficile dialecte vénitien du XVe siècle. L'ensemble des textes a bénéficié d'une révision légère et d'une rapide annotation. On peut cependant regretter le caractère disparate et parfois trompeur des titres des neuf chapitres, d'ailleurs différents des titres donnés dans la table des matières.

Le choix éditorial de commencer par le deuxième volume a l'inconvénient de nous priver d'une introduction générale, d'un index et des narrations essentielles qui ont préparé la canonisation et notamment de la Vita sancti Bernardini Senensis, rédigée en 1446 par Leonardo Bentivoglienti, probablement à la demande de Jean de Capistran, à qui elle est dédiée. Or, ce récit signait très tôt l'originalité du cas de l'hagiographie sur Bernardin: l'alliance et la tension entre les trois forces que sont le franciscanisme observant, l'humanisme et les engagements politiques dans les cités de Sienne et de Florence, ainsi qu'à la cour napolitaine d'Alphonse d'Aragon. Ce dernier point n'apparaît pas explicitement ni directement dans les textes hagiographiques et nécessiterait d'y être repéré par une recherche spécifique.

La dimension franciscaine apparaît dès le premier texte, de loin le plus long du dossier, celui de Sante Boncor, frère mineur qui se dit le disciple du saint. Le titre du récit évoque d'ailleurs les mots d'un office de saint François, tandis que son plan reprend la construction classique des vies de saints, tout en s'attardant longuement sur le procès de canonisation. Et, pour montrer la légitimité des remontrances morales du saint à propos de la parure des femmes, Boncor mentionne le docteur "irréfragable" des franciscains, Alexandre de Halès. Le deuxième texte, la Vita 'Clementissimus', rédigée par un autre franciscain qui dit avoir connu Bernardin, identifié par Daniele Solvi comme Paul d'Assise, présente un aspect analogue. Enfin, le huitième texte, la Vita 'Apparuit', rédigée par un franciscain anonyme, sans doute vers 1257, présente l'allure d'une lecture pour l'office ou le réfectoire. Il est reproduit ici, faute de manuscrit, selon la version du Novale sanctorum de l'hagiographe flamand Iohannes Gielemans (vers 1483-1458).

Cette narration franciscaine passe sous silence les fonctions de Bernardin dans l'Observance et aussi toute la dimension capitale, dans sa prédication, de ses considérations économiques, si fortement liée à la pensée de Pierre de Jean Olivi.

La composante humaniste de cette hagiographie, est illustrée par la longue Vita (texte numéro 3) de Maffeo Vegio, philosophe et juriste, ami de Lorenzo Valla et d'Enea Silvio Piccolomini (le futur Pie II), avant de devenir une notabilité curiale. De même, un éloge rhétorique de Bernardin par Agostino Dati (texte numéro 4) fut utilisé pour les leçons liturgiques dites dans la cathédrale de Sienne.

Une version plus exclusive de l'humanisme peut se lire dans la brève notice de Bartolomeo Facio (texte numéro 5) qui est tirée d'un De viris illustribus de cet auteur, consacré aux grands hommes de son temps, répartis selon leur cité d'activité. Bernardin y est présenté comme "théologien et philosophe" et seul la dernière phrase mentionne la canonisation de 1450. Pour l'essentiel la notice vante ses talents oratoires et notamment sa grande mémoire: formellement, l'art oratoire pouvait relier contre toute évidence des choix opposés. En effet, ce cas illustre une tension bien intéressante entre le contexte humaniste de l'activité de Bernardin et les contenus radicalement ascétiques de sa prédication. De fait, l'extrait numéro 9, tiré des Chroniques du dominicain Antonin Pierozzi, archevêque de Florence, manifestait cette tension en vantant Bernardin de n'avoir jamais une seule fois cité Cicéron, Aristote, de Platon ni aucun poète dans son abondante prédication.

Antonin est l'un des rares témoins de cette décennie à mentionner la controverse issue d'un trait marquant de cette prédication: l'exaltation du Nom de Jésus et l'emploi de la fameuse "tablette" (tavola) de bois gravée des initiales YHS entourée de rayons solaires, brandie devant le peuple assemblé. Dans un passage ambigu, Antonin vante le saint d'avoir accepté humblement l'interdiction, par le pape Martin V, de cette pratique, jugée dangereuse par ses possibles dérives idolâtriques. Cette dimension capitale avait déjà été presque complètement passée sous silence dans le procès de canonisation et commençait à réapparaître timidement dans ces écrits hagiographiques, avant de trouver son expression dans les représentations picturales, exactement comme dans le cas de saint François, tel qu'il a été analysé par Chiara Frugoni. Cette centralité du thème de l'image de dévotion et son influence sur le culte de bernardin imposent de croiser ces textes avec les sources iconologiques, comme l'a montré un recueil posthume de Daniel Arasse, paru en même temps que le présent volume (Bernardin de Sienne. Entre dévotion et culture: fonction de l'image religieuse au XVe siècle, Paris 2014).

Ce recueil, commode et soigné, constitue donc un apport très utile à la complexe question bernardine et nous attendons avec impatience les trois autres volumes de cette série.

Alain Boureau