Rezension über:

Jacques Madignier: Les chanoines du chapitre cathédral d'Autun du XIe à la fin du XIVe siècle, Langres: Éditions Dominique Guéniot 2011, 575 S., ISBN 978-2-87825-501-0, EUR 34,00
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Rezension von:
Amandine Le Roux
Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris (LAMOP), Paris / Villejuif
Redaktionelle Betreuung:
Jessika Nowak
Empfohlene Zitierweise:
Amandine Le Roux: Rezension von: Jacques Madignier: Les chanoines du chapitre cathédral d'Autun du XIe à la fin du XIVe siècle, Langres: Éditions Dominique Guéniot 2011, in: sehepunkte 12 (2012), Nr. 12 [15.12.2012], URL: http://www.sehepunkte.de
/2012/12/21253.html


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Jacques Madignier: Les chanoines du chapitre cathédral d'Autun du XIe à la fin du XIVe siècle

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Jacques Madignier étudie les chanoines du chapitre cathédral d'Autun du XIe siècle à la fin du XIVe. Il ne faut toutefois pas s'attendre à trouver dans cet ouvrage des notices biographiques, celles-ci ayant été publiées dans le douzième volume de la collection Fasti Ecclesiæ Gallicanæ paru chez Brepols en 2010.

De la fin du XIe siècle aux ultimes décennies du XIIIe, le chapitre d'Autun se caractérise par une période d'essor et de rayonnement. Le pouvoir économique, juridique et politique des chanoines sur les hommes de leurs domaines et leur influence morale et spirituelle dans l'ensemble du diocèse se sont accrus. L'institution canoniale est ensuite dessaisie d'une partie de ces acquis à l'époque avignonnaise, en raison de la perte de l'exercice de l'élection épiscopale et les vacances régulières du siège. En outre, le chapitre est également dépossédé de la maîtrise de son propre recrutement en raison de l'exercice du droit de réserve par les souverains pontifes. À partir de ce substrat chronologique, l'auteur analyse selon cinq axes d'étude la vie des chanoines d'Autun. Il présente classiquement dans l' "image diffractée du milieu canonial autunois" l'institution et sa composition et analyse grâce à la prosopographie les origines des membres du chapitre. Ensuite, l'auteur poursuit l'étude par la présentation des "chanoines d'Autun dans la carrière", puis il porte son attention sur la puissance temporelle du chapitre et enfin étudie ses œuvres.

Le chapitre d'Autun se rattache par sa structure et son effectif aux communautés du nord du royaume de France. J. Madignier présente d'abord l'évolution de chaque dignité, des plus communes (doyen, prévôt, archidiacres) aux plus spécifiques (abbés de Saint-Étienne-l'Étrier et de Saint-Pierre-l'Étrier, sénéchal), puis s'attaque aux chanoines des offices spécialisés, ceux qui sont au service de l'évêque et aux clercs associés. L'organisation est clairement établie. Après avoir présenté l'ordonnancement du chapitre, l'auteur décortique le fil complexe des rapports hiérarchiques, celui aux ordres sacrés, mais également celui de l'âge. Les chanoines d'Autun semblent avoir des origines géographiques autunoises et autres foyers proches, sont pour la plupart d'extraction aristocratique, même si le recrutement de chanoines d'origine urbaine a été renforcé au XIVe siècle et sont de plus en plus gradués. La pénétration des clercs ayant poursuivi des études à l'université reste toutefois marginale et est liée à l'arrivée de clercs méridionaux sous Jean XXII (1316-1334). Les chanoines étaient alors essentiellement des licenciés, voire des bacheliers et des docteurs en droit civil (46%), puis dans les deux droits (33%) et enfin en droit canon (21 %).

J. Madignier s'attache ensuite à analyser les carrières des chanoines. Il s'intéresse aux motivations des impétrants, mais surtout aux modes de désignation. Jusqu'au XIIIe siècle, la communauté réunie en chapitre avait le droit de désigner les autres chanoines, ainsi que le doyen et le chantre, qui avaient pour tache de la diriger et de la représenter. Puis, les papes, à partir de Boniface VIII et surtout Clément V, se sont peu à peu arrogés le pouvoir de collation de la plupart des bénéfices. Ainsi, la montée en puissance du pouvoir régalien et pontifical, l'émergence d'une élite urbaine formée à l'université et soucieuse de son ascension sociale ont brisé le modèle canonial autunois, replié sur son espace clos. Cela se traduit par le cumul des bénéfices. Le chapitre a aussi été pourvoyeur d'évêques. Ce sont essentiellement au XIVe siècle des chanoines "étrangers" qui jouissaient du soutien pontifical, descendaient de petits lignages nobles ou urbains de la partie méridionale et orientale du royaume et pourvus de compétences juridiques qui leur ont ouvert les services administratifs des cours princières et pontificale. Les chanoines d'Autun se sont ainsi attachés au service des ducs de Bourgogne, d'autres ont occupé des offices subalternes auprès du roi de France, mais ont surtout été au service du pape. Enfin, certains chanoines entrèrent au service des autorités ecclésiastiques locales.

Les chanoines d'Autun devaient théoriquement accomplir leur office et résider sur place. De nombreuses dérogations ont toutefois été introduites. Les chanoines avaient élu domicile dans la partie sud de la cité. Ils se réunissaient chaque semaine en assemblée capitulaire et une fois, en chapitre général, l'été. De nombreux chanoines ont également fondé des autels et des chapelles. Leur vie s'inscrit donc au pied de la cathédrale en s'organisant autour du cloître, des églises et des cimetières.

Le train de vie des chanoines a été rendu possible par la multiplication des activités. Au départ, les revenus permettaient à peine la subsistance du chapitre, puis ce dernier est devenu un centre de consommation vers lequel convergeaient les richesses agricoles et financières. Il est aussi un centre de redistribution en faveur des serviteurs et des pauvres de la cité. Enfin, les chanoines animaient la prière au chœur des cathédrales, assuraient la pastorale, l'instruction et l'entretien et la rénovation des sanctuaires et des bâtiments collectifs. La description de tout le personnel servant à la gestion du temporel est un point fort de cet ouvrage.

Enfin les occupations des chanoines s'organisaient autour de plusieurs pôles, tout d'abord prier au chœur et célébrer les offices liturgiques, ensuite enseigner les clercs et encadrer les laïcs, enfin assister les pauvres et les indigents. Ces activités modelaient la vie des clercs.

Plusieurs passages ont été particulièrement appréciés, car ils s'attachent à faire revivre les ecclésiastiques et à montrer leur quotidien et leurs difficultés. Par exemple, l'intéressante question de la durée de la vie canoniale, le long cheminement des candidats ou bien encore la question des revenus et des conditions de vie ont été lus avec enthousiasme. La reconstitution du temporel, du patrimoine rural et des revenus sont une précieuse mine de renseignements. L'auteur a alors réussi à transcrire une situation réelle cachée derrière les données techniques. J'ai ensuite beaucoup aimé les réalisations cartographiques, que cela soit la carte du diocèse avec les limites des archidiaconés et la notation de leur siège, ainsi que la présence des collégiales, les réalisations présentant l'étroitesse des origines géographiques ou bien les croquis du quartier canonial.

L'auteur met bien en évidence les évolutions subies par les institutions depuis l'époque carolingienne jusqu'aux fractures introduites par la papauté avignonnaise. Dans un style très vivant, le recrutement et la vie quotidienne des chanoines d'Autun nous sont ainsi révélés. La prosopographie sert l'étude des chanoines en particulier, et celle d'un milieu, en général. Pour ces nombreuses qualités et le sérieux de l'analyse, je recommande sans hésiter la lecture de cet ouvrage.

Amandine Le Roux