Rezension über:

Christian Mileta: Der König und sein Land. Untersuchungen zur Herrschaft der hellenistischen Monarchen über das königliche Gebiet Kleinasiens und seine Bevölkerung (= KLIO. Beiträge zur Alten Geschichte. Beihefte. Neue Folge; Bd. 14), Berlin: Akademie Verlag 2008, 243 S., ISBN 978-3-05-004474-3, EUR 59,80
Buch im KVK suchen

Rezension von:
Laurent Capdetrey
Département d'histoire, Université de Poitiers
Redaktionelle Betreuung:
Matthias Haake
Empfohlene Zitierweise:
Laurent Capdetrey: Rezension von: Christian Mileta: Der König und sein Land. Untersuchungen zur Herrschaft der hellenistischen Monarchen über das königliche Gebiet Kleinasiens und seine Bevölkerung, Berlin: Akademie Verlag 2008, in: sehepunkte 9 (2009), Nr. 10 [15.10.2009], URL: http://www.sehepunkte.de
/2009/10/14803.html


Bitte geben Sie beim Zitieren dieser Rezension die exakte URL und das Datum Ihres Besuchs dieser Online-Adresse an.

Christian Mileta: Der König und sein Land

Textgröße: A A A

L'ouvrage de Chr. Mileta aborde une des questions les plus complexes et les plus débattues de l'histoire hellénistique: le statut de la terre royale et celui des populations d'Asie Mineure après la conquête d'Alexandre. Il prend ainsi place dans un débat déjà ancien dont le cadre a été fixé dans une large mesure par M. Rostovtzeff [1] au début du siècle dernier avant que la question du statut des populations sujettes comme celle des formes de possession / exploitation de la terre ne soient ensuite au cœur des analyses des historiens marxistes (H. Kreissig en particulier [2]) mais aussi, et dans un sens différent, au centre des travaux de P. Briant [3] dans les années 1970. Si la décennie 1980 a été marquée par une relégation de ces questions au second plan, force est de constater qu'elles ont à nouveau été l'objet d'une attention particulière des chercheurs depuis la fin des années 1990. On pense notamment aux travaux importants de F. Papazoglou [4] et, surtout, à ceux de Chr. Schuler pour l'Asie Mineure [5] et de R. Van der Spek pour la Babylonie [6], travaux qui se sont inscrits en rupture avec l'historiographie antérieure en défendant notamment l'idée que les rois hellénistiques avaient établi avec leur domaine des rapports relevant plus directement de la notion de propriété. Chr. Mileta s'inscrit donc dans ce renouveau tout en soutenant, avec vigueur, une thèse différente qu'il fonde sur une relecture de l'historiographie et une analyse de l'ensemble des sources à disposition de l'historien.

L'ouvrage se compose d'un texte de synthèse relativement court et structuré en six chapitres auxquels viennent s'ajouter d'utiles annexes, une bibliographie générale et un index thématique. Après une introduction (chapitre 1) dans laquelle l'auteur présente le cadre de sa réflexion, les enjeux historiographiques et sa propre démarche, un deuxième chapitre permet d'aborder la question des conséquences territoriales de la prise en main de l'Asie Mineure par Alexandre. Chr. Mileta souligne les innovations introduites par le Macédonien, en particulier le choix de privilégier statutairement le modèle de la cité et, plus encore, de fonder clairement la distinction entre la terre civique, appelée à bénéficier d'une certaine autonomie, et la terre royale (chora). L'auteur analyse aussi la structure interne du territoire royal en distinguant le domaine d'appropriation directe (palais, paradis et communautés royales), les terres concédées à des dignitaires et, enfin, les territoires bénéficiant d'une autonomie (cités, villes indigènes, territoires de dynastes...).

Le troisième chapitre s'intéresse à la définition, à l'extension et à la fonction de la terre royale. Le propos se fonde sur une analyse précise de la notion de terre royale (chôra basilikè) par des rappels historiographiques et par l'examen direct des sources. Chr. Mileta distingue trois sens différents de l'expression de terre royale: le royaume dans son ensemble, le territoire royal à l'exception des cités autonomes, le territoire royal à l'exception de toutes les entités autonomes. Il montre surtout combien l'existence de ce domaine donnait aux rois hellénistiques les moyens de renforcer et d'entretenir leur pouvoir: par la fondation de cités, par l'octroi de domaines à des membres de l'entourage royal ou par les revenus importants qui étaient tirés de cette chôra.

Dans le quatrième chapitre, essentiel dans sa démonstration, Chr. Mileta introduit et discute la notion fondamentale de souveraineté (Herrschaft) pour aborder le rapport entre le roi et son territoire. Il conteste dans le même temps la pertinence de la conception d'un roi-propriétaire de son territoire, le roi hellénistique se comportant avant tout comme un souverain - usant de la puissance, parfois de la violence mais aussi de la négociation - et non comme un propriétaire à la tête de son territoire. L'auteur montre aussi que la diversité du territoire imposait des formes également différentes de souveraineté selon les entités à laquelle cette souveraineté s'imposait.

Le dernier chapitre se distingue du reste de l'ouvrage par l'étude du statut et des conditions de vie des populations de la terre royale. C'est l'occasion pour l'auteur d'explorer à son tour le sens, fort discuté, des termes laoi et basilikoi laoi qui, selon Chr. Mileta ne peuvent avoir eu un sens technique. L'argumentation est fondée sur une présentation de l'ensemble des quelques sources venant d'Asie Mineure et sur la comparaison avec l'emploi de ces termes dans des papyrus d'Egypte lagide. Enfin, une conclusion générale reprend dans un premier temps le bilan de chacun des chapitres avant de proposer une analyse du rapport entre le roi hellénistique et ses sujets.

L'ensemble de la synthèse prend appui sur une série de trois annexes. La première rassemble les sources épigraphiques essentielles pour explorer les rapports territoriaux des rois hellénistiques avec leurs possessions d'Asie Mineure (on trouve cependant deux documents provenant de Syrie, IGLS VII 4028 et l'inscription dite d'Hefzibah, et un document babylonien, le "texte Lehmann"). On pourra regretter l'absence de cohérence de la présentation puisque certains textes sont présentés en intégralité en grec alors que d'autres, la plupart, n'apparaissent qu'en traduction et à travers quelques extraits. La seconde annexe présente les sources qui évoquent la notion de laoi. Notons cependant qu'elle rassemble pour l'essentiel des documents papyrologiques lagides, évoqués à titre comparatif. Enfin, la troisième annexe propose une estimation des revenus tirés de la terre royale d'Asie Mineure par les rois hellénistiques.

Dans cet ouvrage, Chr. Mileta défend des thèses fortes: celle de la pertinence de la notion de souveraineté si l'on veut comprendre et expliquer le rapport des rois à leur territoire mais aussi celle de l'utilité fondamentale de la terre royale dans la pratique des pouvoirs royaux. Il clarifie aussi des questions de vocabulaire par une étude précise des sources. Sur le fond, le propos emporte plutôt l'adhésion. C'est bien plus la forme de la démonstration qui appelle des réserves. Si l'auteur utilise et discute considérablement l'historiographie du siècle dernier de M. Rostovtzeff à P. Briant, les contributions les plus récentes sont quasiment passées sous silence. On aurait souhaité notamment que l'auteur analyse très précisément les arguments et les idées avancés il y a dix ans par Chr. Schuler dans une synthèse importante sur la question. Ce livre pouvait être l'occasion et d'un bilan et d'un débat. Le bilan n'est que partiel et le débat est absent. Dans le même ordre d'idée, les travaux de B. Virgilio sur la royauté hellénistique font totalement défaut. [7] Enfin, en dépit de l'avertissement de l'auteur, on ne s'explique pas l'absence des contributions et ouvrages postérieurs à 2005, ne serait-ce qu'en notes ou en bibliographie. Il reste que Chr. Mileta, dans la continuité de ses travaux antérieurs, présente ici un ouvrage utile et indéniablement stimulant.


Notes:

[1] Michael Rostovtzeff: Studien zur Geschichte des römischen Kolonats, Leipzig / Berlin 1910.

[2] Heinz Kreissig: Wirtschaft und Gesellschaft im Seleukidenreich, Berlin 1978.

[3] Pierre Briant: Rois, tributs et paysans. Etudes sur les formations tributaires du Moyen-Orient ancien, Paris 1982.

[4] Fanoula Papazoglou: Laoi et Paroikoi. Recherches sur la structure de la société hellénistique, Belgrade 1997.

[5] Christof Schuler: Ländliche Siedlungen und Gemeinden im hellenistischen und römischen Kleinasien, München 1998.

[6] Robartus J. Van der Spek: The Seleucid State and the Economy, in: E. Lo Cascio / D. W. Rathbone (eds.): Production and Public Power in Classical Antiquity, Cambridge 2000, 27-36.

[7] Biagio Virgilio: Lancia, diadema e porpora. Il re et la regalita ellenistica, Pisa ²2003.

Laurent Capdetrey