Rezension über:

Alexandru Avram: Le Pont-Euxin antique. Histoire, épigraphie, archéologie (= Hautes Études du Monde Gréco-Romain; 61), Genève: Droz 2022, XXX + 699 S., ISBN 978-2-600-05751-6, EUR 98,00
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Rezension von:
Guy Labarre
Université de Franche-Comté, Besançon
Redaktionelle Betreuung:
Matthias Haake
Empfohlene Zitierweise:
Guy Labarre: Rezension von: Alexandru Avram: Le Pont-Euxin antique. Histoire, épigraphie, archéologie, Genève: Droz 2022, in: sehepunkte 24 (2024), Nr. 1 [15.01.2024], URL: https://www.sehepunkte.de
/2024/01/38058.html


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Alexandru Avram: Le Pont-Euxin antique

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Peu avant sa mort soudaine en août 2021, A. Avram avait rassemblé vingt-quatre articles, publiés entre 1996 et 2021, retraçant ses recherches sur la mer Noire et son itinéraire intellectuel. Les trente premières pages du livre rassemblent la liste des travaux scientifiques de l'auteur, soit 254 numéros qui reflètent l'intense et régulière activité de cet enseignant-chercheur. L'intérêt de l'ouvrage est de mettre en perspective les axes de recherche privilégiés par l'auteur tout au long de sa carrière, ses apports, mais aussi l'attention qu'il portait à l'actualisation de ses recherches et aux débats générés par ses publications. Ainsi, chaque contribution est complétée par des addenda et des corrigenda touchant soit le fond du propos, soit la bibliographie infrapaginale.

La première partie de l'ouvrage (3-83) aborde la question de la colonisation du monde pontique. Les trois articles rassemblés permettent de dresser un bilan des connaissances de ce phénomène, de distinguer les fondations directes - milésiennes ou mégariennes - des fondations secondaires, ainsi que le rôle des colons additionnels (époikoi) qui étaient restés dans un angle mort de la recherche avant qu'A. Avram ne mette la lumière sur cet aspect.

La deuxième partie (87-306), composée de huit articles, traite de la question des interventions des grandes puissances extérieures dans la région pontique et leurs relations avec les cités. Ce sont tout d'abord les expéditions sous Darius Ier  en 519, puis en 514/3, la domination perse en mer Noire, puis son écroulement rapide en 479 au plus tard. Ce sont ensuite les interventions séleucides et lagides, sous les règnes d'Antiochos II et Ptolémée II, ainsi que leurs motivations. La situation particulière des cités grecques de la région face à la pression et aux razzias des populations barbares venant de l'intérieur, évoquée dans un long article ("Les premiers peuples germaniques sur le Bas Danube", 199-257), paraît se détacher de ce thème, mais l'auteur montre plus loin (287) que, du fait de ce danger, les cités n'ont jamais été hostiles à des puissances extérieures capables de les protéger, qu'il s'agisse de souverains hellénistiques ou de roitelets locaux. La question de la datation haute du traité de Pharnace du Pont avec Chersonèse Taurique en 179 permet de revenir aux relations avec les grandes puissances dans la première moitié du IIe  siècle av. J.-C., y compris avec Rome, tandis que les deux derniers articles de cette partie s'interrogent sur l'existence d'un possible koinon du Pont Gauche autour du sanctuaire d'Apollon Iètros à Apollonia, dont le rôle aurait été essentiellement politique et religieux à l'instar de celui d'Athéna Ilias en Troade.

Sous le titre "sociétés et religions", la troisième partie du livre (309-446) rassemble huit articles, qui, sous une variation de thèmes, n'en met pas moins en exergue les particularités de ce monde pontique. Parmi les principaux, certains portent sur la défense des cités et leurs capacités à mobiliser leurs citoyens à la basse époque hellénistique dans un contexte de proximité avec le monde barbare. D'autres traitent de la place de l'esclavage en mer Noire, de son commerce et des questions onomastiques qui y sont liées. L'auteur montre comment l'afflux d'esclaves alimentait un trafic des régions de l'intérieur des terres vers les cités grecques de la côte, analyse les besoins des cités en main d'œuvre servile et la part de ce commerce: sur ce dernier point, l'auteur a su faire la lumière sur la question des "faux ethniques", le nom de l'esclave ne reflétant pas son origine, mais la ville ou la région - la Méotide notamment - où il avait été acquis pour la première fois. Dans les trois articles suivants, consacrés aux aspects religieux, ressurgissent les particularismes liés aux fondations des cités: c'est le cas pour le culte de Létô, plus présent dans les cités de la mer Noire qu'ailleurs du fait des liens des colonies milésiennes avec le culte didyméen, pour le thiase dionysiaque dans la cité de Callatis, ancienne colonie mégarienne, et enfin pour Tomos, héros fondateur de la cité de Tomis.

Les deux dernières parties sont plus courtes. L'une est consacrée à la mer Noire romaine (449-490). Dans celle-ci, trois thèmes différents sont abordés successivement : l'un traite des statuts juridiques des cités à l'époque augustéenne, l'autre de la colonisation des Daces et le troisième des titres honorifiques accordés aux citoyens méritant par les communautés civiques ou des institutions poliades. Sur la question de l'hérédité de ces titres, l'auteur se prononce affirmativement. L'autre se concentre sur les relations entre la mer Noire et l'Asie Mineure (493-550). D'une part, la place de Cyzique (fondation milésienne en Propontide) et ses relations avec les cités du Pont sont d'abord analysées : l'auteur montre que seules les cités du Pont Gauche semblent avoir subi son influence. Ensuite, c'est la présence de Bithyniens en Thrace, en Mésie inférieure et dans le Pont à l'époque impériale qui fait l'objet d'une enquête. En abordant la question des routes maritimes, des relations commerciales et plus généralement des échanges, A. Avram montre "l'étroitesse des liaisons entre ces deux territoires limités géographiquement soit par les Détroits, soit par le large du Pont-Euxin" (519) et met aussi en évidence des différences régionales (509-510).

Dans tout l'ouvrage, A. Avram démontre sa capacité à discuter des sources, dont le caractère fragmentaire est sans doute encore plus marqué dans cette région périphérique du monde grec ancien qu'ailleurs. Qu'il s'agisse de sources littéraires ou épigraphiques, quelle que soit l'époque à laquelle elles appartiennent et la langue utilisée (vieux-perse, grec, latin), elles sont passées au crible, de même que les interprétations qu'en ont fait ses prédécesseurs ou ses contradicteurs. Les notes de bas de page, réduisant de nombreuses fois le corps du texte à quelques lignes, témoignent de cette maîtrise impressionnante de la bibliographie savante. Les données archéologiques, tout comme celles de l'onomastique et de la prosopographie sont traitées avec acribie. Tout ce matériau est exploité pour retracer les hypothèses et les scénarios possibles, mais aussi pour fonder l'opinion du savant qui ne manque pas de se prononcer avec clarté. Certaines discussions apparaitront certainement trop pointues et trop peu accessibles à ceux qui ne disposent pas du bagage historique, épigraphique et linguistique nécessaire. En revanche, l'auteur met toujours en place, à un moment ou à un autre, des conclusions qui viennent éclairer la compréhension et offrir des réponses aux problématiques abordées. De ce point de vue, l'ouvrage offre un modèle de méthodologie, de logique déductive et de rigueur intellectuelle. Le livre s'achève par une bibliographie abondante (557-636) et des indices des sources, des res sacrae, des noms de personnes et de dynastie, ainsi que des noms géographiques et ethniques (637-694), qui font aussi de lui un outil de recherche indispensable.

Guy Labarre