Rezension über:

Guido Cariboni / Nicolangelo d'Acunto (a cura di): Costruzione identitaria e spazi sociali. Nuovi studi sul monachesimo cistercense nel Medioevo (= Incontri di Studio; 16), Spoleto: Fondazione Centro Italiano di Studi sull'alto Medioevo 2017, XXIV + 357 S., 47 s/w-Abb., 6 Tabl., ISBN 978-88-6809-145-3, EUR 60,00
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Rezension von:
Ghislain Baury
Département d'histoire, Université du Maine, Le Mans
Redaktionelle Betreuung:
Ralf Lützelschwab
Empfohlene Zitierweise:
Ghislain Baury: Rezension von: Guido Cariboni / Nicolangelo d'Acunto (a cura di): Costruzione identitaria e spazi sociali. Nuovi studi sul monachesimo cistercense nel Medioevo, Spoleto: Fondazione Centro Italiano di Studi sull'alto Medioevo 2017, in: sehepunkte 18 (2018), Nr. 6 [15.06.2018], URL: http://www.sehepunkte.de
/2018/06/30956.html


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Guido Cariboni / Nicolangelo d'Acunto (a cura di): Costruzione identitaria e spazi sociali

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Cet ouvrage constitue l'aboutissement d'un projet de recherche piloté par le Centro Studi sulla Storia degli Insediamenti Monastici Europei (CESIME) à l'Università Cattolica del Sacro Cuore de Milan. Il s'agit d'un recueil d'actes de la rencontre organisée en 2015 autour du monachisme cistercien médiéval sous la direction de Guido Cariboni, le meilleur spécialiste italien des études cisterciennes, et de Nicolangelo D'Acunto, spécialiste d'histoire monastique. Cet événement avait permis de réunir aussi bien des personnes ayant une longue expérience dans ce champ d'études que des néophytes au sein des milieux universitaires italiens. Il était empreint d'une volonté de construire une réflexion transdisciplinaire entre histoire, histoire de l'art, diplomatique et archéologie.

L'objectif affiché du projet, exposé par les organisateurs dans l'introduction et dans la conclusion de l'ouvrage, était de promouvoir en Italie la problématique "unité / diversité", devenue classique dans les études cisterciennes internationales à partir du colloque de Dijon organisé à l'occasion des commémorations de la fondation de Cîteaux de 1998. Depuis les années 2000, cette problématique est notamment portée, dans le domaine de l'histoire institutionnelle de l'ordre cistercien, par l'école de Dresde constituée autour de Gert Melville, et à laquelle Guido Cariboni est associé. De manière symétrique, il s'agissait de convaincre une fois pour toutes le public académique que la problématique "idéal / réalité", qui avait dominé entre les années 1970 et 1990, était désormais obsolète.

Les douze contributions qui forment le cœur de l'ouvrage sont présentées sans plan explicite, mais elles suivent approximativement l'ordre des interventions du colloque de Milan. Elles avaient alors été regroupées suivant quatre thématiques: histoire des manuscrits, histoire institutionnelle et sociale, histoire des archives et histoire de l'architecture.

Dans le domaine de l'histoire des manuscrits, deux contributions rappellent l'importance du contexte local d'écriture par rapport aux prescriptions de l'Ordre. Mirella Ferrari démontre, à travers l'étude de la diffusion des textes de saint Ambroise dans les bibliothèques cisterciennes du haut Danube (Bavière-Autriche-Slovénie), que les abbayes cisterciennes s'intégraient dans un réseau local d'échange et de copie de codex incluant des institutions ecclésiastiques de tous types. Dans son étude de la correspondance éditée de Philippe, abbé de l'Aumône, Miriam Rita Tessera rappelle que, si cet ecclésiastique entré tardivement dans la vie régulière faisait preuve d'une identité cistercienne, les liens humains qu'il avait tissés débordaient très largement l'Ordre, même au sein des milieux monastiques.

L'histoire institutionnelle des cisterciens est couplée à l'histoire sociale dans une section rassemblant trois contributions consacrées à l'influence de l'Ordre à la Curie et aux services proposées par des abbayes à des citadins. Elles partagent une volonté de relativiser la spécificité cistercienne face aux logiques de systèmes a priori étrangers au monde monastique. Stefania Anzoise reprend le dossier des six cardinaux cisterciens nommés dans les années 1130 et 1150 du pape Eugène III (1145-1153) pour montrer que, contrairement à ce que l'on pourrait penser, leur promotion ne résultait pas de la pression d'un éventuel lobby cistercien et ne conduisit pas à sa constitution. Gianmarco Cossandi utilise le cas de l'hôpital de la Pecora à Brescia, géré à distance par les cisterciens de San Pedro de Cerreto (près de Lodi) à partir du milieu du XIIIe siècle, pour montrer que les moines blancs pouvaient s'impliquer dans des expériences religieuses de natures très variées. L'analyse des peintures murales des XIIIe et XIVe siècles du cimetière de Chiaravalle de Milan permet à Federico Riccobono de mettre en évidence les liens très étroits entre la communauté cistercienne et la société urbaine, qui privilégia longtemps le cimetière monastique comme lieu d'enterrement.

La partie dédiée à l'archivistique s'avère la plus consistante et la plus novatrice. Les trois études de cas présentées concernent les stratégies archivistiques d'abbayes de l'Italie septentrionale, lues en particulier à travers les notes dorsales des chartes conservées. Elles tendent à montrer que les cisterciens, parce qu'ils obéissaient à une logique impulsée par le gouvernement central de l'Ordre, furent localement des pionniers dans le développement d'une conscience archivistique. En analysant le gigantesque chartrier de Chiaravalle de Milan, Timothy Salemme prouve l'existence d'un second cartulaire du XIIIe siècle et d'un bullaire des alentours de 1400, tous deux perdus. Dans le chartrier d'Acquefredda (Lenno), Rita Pezzola observe la mise en place de systèmes rationnels de rangement et de référencement des documents dès le XIIIe siècle, dans le but de défendre en justice les droits de l'abbaye, et donc sa pérennité, avec l'aide du notariat local. Le fonds de l'abbaye de Morimondo, malgré son histoire tourmentée, permet à Luca Fois de mettre en évidence des traces similaires d'organisation archivistique.

Les quatre dernières contributions, concernant l'histoire du bâti, devaient permettre de réévaluer les apports locaux à une "architecture cistercienne" supposée commune aux abbayes de l'ordre. Luigi Carlo Schiavi révise la chronologie de construction de l'abbatiale de Chiaravalle in Castagnola, près d'Ancône, en introduisant l'hypothèse d'une phase primitive des années 1140 qui obéirait au "modèle bernardin" inspiré de Clairvaux II. Dans son étude de bâti de la façade de l'abbatiale de Staffarda et des autres abbayes cisterciennes piémontaises, Silvia Beltramo suggère que la construction de narthex au début du XIIIe siècle suivait, pour des raisons pratiques, un modèle cistercien français, mais employait les traditions architecturales locales. Ricky Radaelli présente les résultats d'une fouille menée en 2013 sur le site de Nosedo, un ancien village devenu une grange de l'abbaye de Chiaravalle de Milan, sans caractéristiques cisterciennes. Filippo Gemelli montre que les chantiers de l'abbaye de Cerreto et de son abbaye mère Chiaravalle de Milan ont été menés en parallèle, dans la seconde moitié du XIIe siècle, et s'inscrivent dans le phénomène de diffusion en Italie du "plan bernardin".

Les différents articles sont illustrés par des annexes fort utiles, notamment des corpus de photographies dont on regrettera seulement, pour certaines, l'absence de couleurs.

L'ouvrage atteint son objectif d'un aggiornamento des études cisterciennes en Italie, dans le sillage de l'école de Dresde, en particulier en matière d'histoire institutionnelle et d'histoire de la culture écrite. Le lecteur regrettera seulement que les contributions récentes aux études cisterciennes dans les sphères académiques anglophone, francophone et hispanophone soient sous-utilisées. En matière d'histoire de l'architecture, il constatera que les concepts de "plan bernardin" et d'"architecture cistercienne", dont la pertinence a été fortement remise en question ces trente dernières années, compte encore de fervents défenseurs.

Ghislain Baury