Rezension über:

Gabriella Albanese / Bruno Figliuolo (eds.): Giannozzo Manetti a Venezia 1448-1450. Con l'edizione della corrispondenza e del Dialogus in symposio (= Memorie; Vol. CXL), Venedig: Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti 2014, XX + 432 S., 14 Farbabb., ISBN 978-88-95996-48-6, EUR 36,00
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Rezension von:
Clémence Revest
Centre National de la Recherche Scientifique, Centre Roland Mousnier
Redaktionelle Betreuung:
Ralf Lützelschwab
Empfohlene Zitierweise:
Clémence Revest: Rezension von: Gabriella Albanese / Bruno Figliuolo (eds.): Giannozzo Manetti a Venezia 1448-1450. Con l'edizione della corrispondenza e del Dialogus in symposio, Venedig: Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti 2014, in: sehepunkte 17 (2017), Nr. 9 [15.09.2017], URL: http://www.sehepunkte.de
/2017/09/29519.html


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Gabriella Albanese / Bruno Figliuolo (eds.): Giannozzo Manetti a Venezia 1448-1450

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Gabriella Albanese et Bruno Figliuolo proposent ici une remarquable monographie autour des deux ambassades accomplies par l'humaniste florentin Giannozzo Manetti à Venise entre l'été 1448 et l'été 1450, qui s'intéresse à la fois au contexte et au déroulement de ces missions et à une œuvre littéraire et philosophique que l'humaniste florentin composa à cette occasion, le Dialogus in symposio. L'ouvrage s'ouvre sur un commentaire historique aussi dense qu'approfondi de la part des deux auteurs, puis il contient l'édition, d'une part, de la correspondance diplomatique entre Giannozzo Manetti et la Seigneurie de Florence (93 lettres éditées par Bruno Figliuolo), d'autre part, du Dialogus (édité par Gabriella Albanese), qui met en scène une conversation érudite entre des citoyens florentins à Venise, réunis autour d'un repas le 8 octobre 1448. L'ensemble comprend également quelques images (toiles du cycle de Sainte Ursule de Vittore Carpaccio, reproductions de feuillets de manuscrits contenant les lettres, le Dialogus ou ayant appartenu à Manetti) ainsi que plusieurs index (noms, correspondance, manuscrits et documents d'archive, figures).

La riche introduction de Gabriella Albanese et Bruno Figliuolo commence par la contextualisation politique des circonstances et des enjeux de ces ambassades qui eurent pour cadre d'ensemble les conflits nés autour de la succession du duc de Milan Filippo Maria Visconti et notamment les ambitions expansionnistes de l'un des prétendants, Alphonse d'Aragon. À la lumière de la correspondance du diplomate et du Diario tenu par son secrétaire Griso Griselli, l'étude apporte non seulement d'utiles éclairages quant aux événements militaires et politiques mais aussi une succession de remarques suggestives autour des opinions de Manetti, de son rôle dans la défense des intérêts florentins à Venise, des protocoles de réception et de discussion diplomatiques, du système des courriers, ou encore des fréquentations et des habitudes quotidiennes d'un lettré qui, tout en s'acquittant rigoureusement de sa tâche, aime à se consacrer à l'étude et à se promener dans la cité. L'analyse a également le mérite de dresser à plusieurs reprises le bilan de la masse d'informations récoltées, à travers par exemple deux tableaux récapitulatifs des envois de missive (34-36) et un calendrier détaillé de la première ambassade (46-52). Les sources font l'objet d'une présentation développée, en particulier le copialettere de Manetti (Biblioteca Apostolica Vaticana, Pal. Lat. 931), tenu par Griselli.

Une part importante du commentaire introductif est ensuite consacrée au Dialogus de symposio, composé entre le 8 octobre 1448 et le 14 janvier 1449 et dédié par Manetti à un jeune humaniste qui est un de ses amis et parents, Donato Acciaiuoli. L'ouvrage relate les discussions échangées au sein d'un groupe d'hommes d'Etat et de marchands florentins autour de deux questions successives : premièrement, un débat éthique relatif aux histoires de Tancrède et de Séleucos, connues surtout à travers les compositions de Leonardo Bruni ; deuxièmement, une quaestio philosophique portant sur l'animal le plus utile à l'homme - un thème sur lequel Manetti reviendra dans son œuvre la plus célèbre, le traité De dignitate et excellentia hominis. Au cours d'une lecture extrêmement pointue du dialogue, l'accent est mis sur sa nature hybride : par sa forme et son contenu, le Dialogus combine en effet de manière complexe une double tradition discursive au sein de la culture humaniste, le dialogue savant « convivial » et la nouvelle boccacienne latinisée, deux genres dont l'histoire et l'apport sont successivement présentés et évalués. Le commentaire souligne également, parmi d'autres importantes pistes de réflexion, la forte dépendance de l'œuvre, tant dans son propos que dans son style, vis-à-vis des modèles récents de Leonardo Bruni, en même temps que les réorientations proposées par celui qui fut le panégyriste de ce dernier - notamment vers une interprétation plus chrétienne et moins anti-scolastique de la Fabula Tancredi. D'autres aspects font encore l'objet d'une attention particulière, comme l'usage des sources classiques (appuyé sur les manuscrits connus de la bibliothèque de Manetti) et, élément spécifique, l'intérêt porté par l'humaniste aux formes musicales de son temps. Gabriella Albanese fait en outre précéder son édition d'une description précise des deux manuscrits conservés, l'un (Florence, Riccardiana, 696) étant identifié comme l'exemplaire de dédicace réalisé par Griso Griselli, l'autre (Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana, Plut. XC sup. 29) comme une copie transcrite par Piero Dovizi da Bibbiena, qui fut le chancelier privé de Laurent de Médicis.

D'une manière générale, cet ouvrage illustre avec bonheur toute la portée d'une approche alliant histoire et philologie, en s'appuyant sur la lecture croisée d'un ensemble très varié de sources archivistiques, littéraires, iconographiques. À travers l'étude de ce moment spécifique de la vie de Manetti, tout un milieu socio-culturel émerge, qui, de concert, mène des activités publiques de premier plan et participe au développement des studia humanitatis. On pourra y particulièrement apprécier, entre autres, les analyses relatives au métier d'ambassadeur, aux liens entre humanisme florentin et vénitien et au genre de la nouvelle latine classicisée.

Clémence Revest