Rezension über:

Martin Bressani: Architecture and the Historical Imagination. Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, 1814-1879, Aldershot: Ashgate 2014, XXX + 593 S., 150 Abb., ISBN 978-0-7546-3340-2, GBP 65,00
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Rezension von:
Viviane Delpech
Identités Territoires Expressions Mobilités, Université de Pau et des Pays de l'Adour 1, Pau
Redaktionelle Betreuung:
Jean-Sébastien Sauvé
Empfohlene Zitierweise:
Viviane Delpech: Rezension von: Martin Bressani: Architecture and the Historical Imagination. Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, 1814-1879, Aldershot: Ashgate 2014, in: sehepunkte 15 (2015), Nr. 7/8 [15.07.2015], URL: http://www.sehepunkte.de
/2015/07/26856.html


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Martin Bressani: Architecture and the Historical Imagination

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2014 fut en France l'année du bicentenaire de la naissance de l'architecte Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc, célèbre restaurateur de Notre-Dame de Paris et des remparts de Carcassonne, auteur du Dictionnaire raisonné de l'architecture (1854-1868) et des Entretiens sur l'architecture (1858-1872). L'événement, inscrit au programme des Commémorations nationales par le Ministère de la Culture, donna lieu à de nombreuses manifestations et publications, en tête desquelles l'exposition organisée à la Cité Chaillot par Jean-Michel Leniaud et Laurence de Finance, Viollet-le-Duc, les visions d'un architecte, les journées d'études qui s'ensuivirent, telles que Viollet-le-Duc enseignant, ou encore le colloque international Viollet-le-Duc (1814-2014), villégiature et architecture domestique organisé par l'Université de Pau et des Pays de l'Adour.

A cette occasion, également, paraît l'ouvrage de Martin Bressani, considérable somme biographique et historique. La littérature ne manque pas au sujet de Viollet-le-Duc, elle est même plutôt pléthorique, ce personnage riche et complexe ayant stimulé les historiens et historiens de l'art dès son décès. Quoique longtemps décrié, aussi bien de son vivant qu'après la thèse de Pol Abraham en 1933, Viollet-le-Duc fait l'objet, depuis la fin des années 1970, de recherches plus objectives et neutres. L'exposition du Grand Palais, organisée par Bruno Foucart en 1980, donna lieu à un catalogue devenu depuis lors une référence fondamentale pour la connaissance sur l'architecte. Dans ses pas, s'inscrivent diverses études, parmi lesquelles l'essentiel ouvrage de Jean-Michel Leniaud, Viollet-le-Duc ou les délires du système (1995), ainsi que des travaux abordant des aspects particuliers de l'œuvre du maître, tels que ceux d'Arnaud Timbert, s'intéressant à la problématique de la construction, et de Laurent Baridon, consacrés à l'imaginaire scientifique, sans oublier les monographies concernant ses prolifiques chantiers.

Martin Bressani appartient à cette génération de chercheurs qui s'intéressèrent à Viollet-le-Duc à partir des années 1990. Sa thèse soutenue en 1997 sous la direction de Bruno Foucart, intitulée Science, histoire et archéologie: sources et généalogie de la pensée organiciste de Viollet-le-Duc, l'a assis comme l'un des spécialistes reconnus de l'architecte. Dans la continuité de ses premiers travaux, le présent ouvrage constitue, pour sa part, le fruit d'un laborieux et passionné travail de recherche de douze ans, mené de part et d'autre de l'Océan atlantique. Sa réflexion a été enrichie par les échanges continus avec d'importantes figures de l'histoire de l'architecture, entre autres, Stephen Bann, Neil Levine, David Van Zanten et Barry Bergdoll en Amérique, et Robin Middleton, Jean-Michel Leniaud, Bruno Foucart, Arnaud Timbert et Laurent Baridon, sur le vieux continent.

Au fil des chantiers et des œuvres théoriques, l'auteur s'interroge sur les motivations profondes de l'emblématique intérêt de Viollet-le-Duc pour le Moyen Age, en croisant des disciplines aussi diverses que l'histoire, l'architecture, la sociologie, la philosophie voire la psychanalyse. Si bien que l'ouvrage offre une vision inédite, profondément analytique mais aussi globale du parcours, de l'œuvre et de la pensée de l'architecte. Mettant en exergue la notion de l'imaginaire historique, le plan de cet opus et les intitulés de ses chapitres illustrent parfaitement ce raisonnement oscillant entre histoire culturelle et philosophie, entre sociologie et architecture, ce qui sied pleinement à une figure comme Viollet-le-Duc qui étudiait le Moyen Age français telle une civilisation propre en considérant à la fois sa dimension matérielle et les usages de son peuple. L'ouvrage se compose de cinq chapitres, eux-mêmes subdivisés en trois à quatre sous-parties, qui permettent de retracer parallèlement son parcours et l'évolution de sa pensée dans le temps. L'approche de l'auteur évite néanmoins l'écueil de la simple chronologie, chaque partie, finement pensée, nourrissant une réflexion globale centrée sur la problématique de la mort et de la renaissance.

Car loin de l'exposé sommaire des faits, ce postulat, profondément analytique, offre de nouvelles clés de compréhension quant à un personnage complexe et fondamental dans l'histoire de l'architecture contemporaine. Il se fonde sur un événement marquant son enfance, ce jour où, âgé de quatre ans et porté dans les bras d'un "vieux domestique", il fut traumatisé par une cérémonie funèbre à Notre-Dame de Paris, amalgamant la verrière luminescente de la rose et la musique soudaine et assourdissante de l'orgue; événement auquel s'ajoute, quatorze ans plus tard, le non moins dramatique décès de sa mère. Autour de cette thèse, s'articule toute la construction de l'ouvrage qui vise à démontrer que Viollet-le-Duc chercha à ressusciter un monde englouti comme pour ramener à la vie les fantômes de son propre passé et la figure maternelle qui n'était plus.

Dès lors, ces évènements déclencheurs, estime l'auteur, expliquent la passion qui anime inconditionnellement Viollet-le-Duc afin de réhabiliter le Moyen Age, telle une allégorie de sa propre mère, et d'en faire un repère d'enracinement tourné vers l'avenir. C'est à travers cette optique, mais toujours avec le souci d'exposer clairement son parcours et sa production artistique et théorique, que l'auteur prend le temps d'évoquer l'enfance parisienne d'Eugène dans les milieux intellectuels et artistiques, aussi bien que ses années de formation autodidacte, par le biais de, notamment, ses voyages aux Pyrénées et en Italie. Il brosse un portrait familial objectif, loin de la vision idyllique, particulièrement vis-à-vis de l'oncle Delécluze, personnage à la fois essentiel et presque tyrannique, dont "Viollet" se libéra au sortir de l'adolescence. Peut-être réside là, d'ailleurs, l'une des motivations de son anti-académisme. Puis arrivent les premiers chantiers avec l'aide providentielle et décisive de Prosper Mérimée pour l'obtention de la restauration de la basilique de Vézelay.

Ainsi, fort de cette démarche, l'auteur narre comment Viollet-le-Duc s'éloigne progressivement du milieu académique de sa jeunesse pour forger son ambition de réforme des arts et élaborer ses propres doctrines, afin de faire revivre l'esprit médiéval en tant que philosophie nationaliste traduite matériellement par l'architecture. De cette problématique identitaire, émergent ses théories raciologistes, qui, il est bon de le rappeler, s'inscrivent dans un mouvement de pensée courant dans les milieux intellectuels de l'époque. Analysant le rapport entre civilisation et élan créatif, Bressani explique ces théories comme une volonté inconsciente de résurrection de la quintessence de la nation et de la mère disparue. L'ultime partie de cet ouvrage prolixe aborde la dernière décennie de la vie de Viollet-le-Duc, partagée entre préoccupations littéraires et didactiques, politique républicaine et sa passion pour la montagne, née dans les Pyrénées et aboutie dans les Alpes avec ses études sur le Mont-Blanc. C'est d'ailleurs là, au sein de son objet d'étude le plus géographiquement vaste, qu'il repose pour l'éternité, montrant que l'ensemble de son œuvre vise en réalité, selon Bressani, à la survivance et la pérennité de son sang, à "la renaissance auto-génique".

Somme toute, cet ouvrage biographique et empirique retrace d'une manière rarement approfondie, contextualisée et sourcée la vie et l'œuvre du "maître" du néogothique, à l'appui d'une belle iconographie couleur pleinement au service du propos. La mise en perspective systématique avec l'histoire de l'architecture, de la société, de la pensée contemporaine, permet de situer d'autant mieux les motivations de son appel au médiévisme archéologique et la place singulière de son anti-académisme au sein de la communauté artistique de son temps. En attendant sa traduction prochaine en français, le lecteur anglophone de France et d'ailleurs ne pourra que s'enrichir de cette somme qui nourrit amplement l'histoire de l'architecture - et de sa pensée - au XIXe siècle.

Viviane Delpech