Rezension über:

Marie-Céline Isaïa / Thomas Granier: Normes et hagiographie dans l'Occident latin (Ve - XVIe siècle). Actes du colloque international de Lyon, 4-6 octobre 2010 (= HAGIOLOGIA. Ètudes sur la Sainteté en Occident - Studies on Western Sainthood; Vol. 9), Turnhout: Brepols Publishers NV 2014, 535 S., 22 Farbtafeln, ISBN 978-2-503-54835-7, EUR 95,00
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Rezension von:
Anne-Laure Méril-Bellini delle Stelle
Université de Toulouse II - Le Mirail
Redaktionelle Betreuung:
Ralf Lützelschwab
Empfohlene Zitierweise:
Anne-Laure Méril-Bellini delle Stelle: Rezension von: Marie-Céline Isaïa / Thomas Granier: Normes et hagiographie dans l'Occident latin (Ve - XVIe siècle). Actes du colloque international de Lyon, 4-6 octobre 2010, Turnhout: Brepols Publishers NV 2014, in: sehepunkte 15 (2015), Nr. 3 [15.03.2015], URL: http://www.sehepunkte.de
/2015/03/25475.html


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Marie-Céline Isaïa / Thomas Granier: Normes et hagiographie dans l'Occident latin (Ve - XVIe siècle)

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Cet ouvrage est le bilan du travail accompli par des médiévistes, des philologues, des linguistes et des spécialistes de littérature lors du colloque international consacré aux relations complexes que les sources hagiographiques latines entretiennent avec les normes de la société médiévale occidentale, définies comme norma, c'est-à-dire une règle ou un modèle de vie. Il s'inscrit donc dans une longue tradition de travaux consacrés à l'hagiographie médiévale - d'ailleurs abondamment citée tout au long du volume - mais sa démarche se veut novatrice.

Organisé à Lyon du 6 au 9 octobre 2010 par Marie-Céline Isaïa et Thomas Granier, entre autres, cet ambitieux colloque souhaitait dépasser la seule dimension exemplaire du discours hagiographique performatif pour tenter de cerner ce qui avait pu faire de celui-ci une matrice de normes et une source d'autorité. Il s'agissait donc moins de partir de l'hagiographie que de s'appuyer sur les normes médiévales, connues par d'autres sources telles que les textes de lois et les réglementations, pour déterminer dans quelle mesure les sources hagiographiques avaient contribué tantôt à l'élaboration de ces normes tantôt à leur désaveu.

Le propos de l'ouvrage s'organise autour de plusieurs axes calqués sur ceux du colloque - bien que toutes les contributions orales ne figurent pas dans le présent volume [1] - et comprend quatre parties introduites par Marc Uytfanghe (9-16) et Marie-Céline Isaïa (17-42) et clôturées chacune par une brève synthèse. Pour se repérer dans cet imposant volume, le lecteur dispose également des résumés de chacune des contributions (499-511) mais aussi de trois index - index codicum, index nominum, index locorum (515-532).

La première partie, intitulée "Hagiographie et expression des normes" (45-148), s'interroge sur les raisons qui ont poussé des instances d'autorité (R. Kramer, 101-118) à choisir le discours hagiographique comme vecteur de diffusion d'une norme dogmatique (J. Delmulle, 45-63), linguistique (R. Verdo, 77-100), sociale (C. Bernard-Valette, 119-133) et morale (B. Judic, 65-76; A. Lafran, 135-146), tandis que la deuxième partie "Hagiographie et régulations des communautés" (151- 205) se consacre à l'utilisation de l'hagiographie comme discours des origines dans les communautés religieuses, en particulier régulières, aussi bien masculines (T. Granier, 151-165; E. Magnani, 183-195; P. Licciardello, 197-214; S. Delmas 235-297) que féminines (A.-M. Helvétius, 167-181).

La troisième partie "Hagiographie et normes : le problème générique" (253-360) aborde les codes rédactionnels pour mieux saisir les normes sociales diffusées par l'hagiographie : elle démontre la remarquable perméabilité des sources hagiographiques, largement ouvertes sur d'autres types de documents tels que des textes juridiques (J.-M. Picard, 275-292), des "testaments de saints" (S. Joye et P. Bertrand, 293-307), du matériel diplomatique (C. Garault, 309-327), mais elle dévoile également la profondeur de la transtextualité à l'œuvre dans ces sources (G. Blennemann, 253-273; F. Laurent, 345-357) et l'importance des choix de réécriture (K. Gibson, 329-343)

La dernière section est dédiée à l'étude de "L'hagiographie, laboratoire normatif" (363-478) : autrement dit, il s'agit de comprendre si l'hagiographie est créatrice de normes, religieuses ou politiques (N. Vine Durling, 419-433; V. Souche-Hazebrouck, 435-457; N. Trotin, 459-475), et si ces dernières ont eu un écho, que ce soit à l'endroit du clergé avec les prêtres ruraux (C. Mériaux, 363-378) et les évêques (A. Wagner, 391-402) ou bien à l'égard des laïcs (S. Fray, 379-389) y compris des femmes vivant religieusement dans le siècle comme les mulieres religiosae (N. Giantsi, 403-417).

Au travers de ces différentes problématiques, le volume embrasse ainsi une période très ample s'étalant du VIe siècle (J. Delmulle, G. Blenneman) au XVIe siècle (N. Trotin) et un champ géographique large s'étirant de l'Italie (P. Licciardello) à l'Irlande (J.-M. Picard) en passant par la France et les terres d'Empire (A. Wagner), mais il analyse également un corpus foisonnant. En effet, les contributions s'appuient pour l'essentiel sur des Vitae mais abordent, en outre, des sources inhabituelles telles que l'iconographie des codices dans lesquels figurent les Vitae, comme le propose de façon particulièrement originale la communication d'A. Trivellone (215-234 et dossier iconographique en fin de volume), mais aussi des "testaments de saints" (S. Joye et P. Bertrand) ou des chroniques (T. Granier) ou bien encore des Vies en langue vernaculaire (N. Vine Durling). Ainsi, cet ensemble audacieux dévoile et éclaire tout à la fois la grande complexité de l'hagiographie qui, loin d'être figée, est une source d'une extrême fluidité où se renouvellent constamment les normes de la société médiévale occidentale. On regrettera cependant qu'il n'y ait pas eu davantage de communications consacrées à la sainteté féminine et aux Vitae de femmes (seulement quatre dossiers : A.-M. Helvétius, d'A. Trivellone, N. Giantsi et V. Souche-Hazebrouck), sans que par ailleurs soit posé la question du genre des normes diffusées par les sources hagiographiques.

Ce volume qui impressionne par la densité des observations présentées n'épuise toutefois pas le sujet et déjà Marie-Céline Isaïa et Thomas Granier (489-497) projettent de poursuivre l'analyse à l'occasion d'un nouveau colloque qui pourrait bien suivre les pistes de recherche jetées par Alain Dierkens (479-487) qui invite, en guise de conclusion, à se pencher sur la question des rapports singuliers que l'hagiographie médiévale entretient avec les sources historiques.


Note:

[1] L'Université de Lyon offre la possibilité de consulter quelques communications via des vidéos réalisées lors du colloque grâce au site http://suel.univ-lyon3.fr/add/videos.php?categorie=85. On peut également lire un résumé du colloque par Marie-Céline Isaïa elle-même "Normes et hagiographie dans l'Occident latin (Ve-XVIe siècle)" Bulletin du centre d'études médiévales d'Auxerre/BUCEMA, n°15, 2011, en ligne : http://cem.revues.org/11983.

Anne-Laure Méril-Bellini delle Stelle