Rezension über:

Stefano Ugo Baldassarri / Fabrizio Ricciardelli / Enrico Spagnesi (a cura di): Umanesimo e Università in Toscana (1300 - 1600). Atti del Convegno Internazionale di Studi (Fiesole - Firenze, 25 - 26 maggio 2011) (= Villa Le Balze Studies; 2), Florenz: Le Lettere 2012, 362 S., ISBN 978-88-6087-602-7, EUR 29,75
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Rezension von:
Patrick Gilli
Centre d’études médiévales de Montpellier, Université Paul-Valéry, Montpellier
Redaktionelle Betreuung:
Ralf Lützelschwab
Empfohlene Zitierweise:
Patrick Gilli: Rezension von: Stefano Ugo Baldassarri / Fabrizio Ricciardelli / Enrico Spagnesi (a cura di): Umanesimo e Università in Toscana (1300 - 1600). Atti del Convegno Internazionale di Studi (Fiesole - Firenze, 25 - 26 maggio 2011) , Florenz: Le Lettere 2012, in: sehepunkte 14 (2014), Nr. 9 [15.09.2014], URL: http://www.sehepunkte.de
/2014/09/24744.html


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Stefano Ugo Baldassarri / Fabrizio Ricciardelli / Enrico Spagnesi (a cura di): Umanesimo e Università in Toscana (1300 - 1600)

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Le volume se donne pour ambition l'examen des relations complexes qu'entretiennent l'humanisme et les universités en Toscane sur une longue durée, de la première Renaissance et jusqu'à l'aube des Lumières. Le projet est louable à plus d'un titre: d'une part, parce que ce binôme "humanisme-Université" a une dimension paradigmatique. Depuis Pétrarque, en effet, l'idée d'une irréductibilité des studia humanitatis à la méthodologie scolastique semblait admise et il paraissait légitime d'interroger à nouveaux frais cette posture trop mécanique pour être totalement vraie; d'autre part, parce que le laboratoire observé, la Toscane, est précisément celui d'où sont parties des initiatives intéressantes de collaboration ou d'intégration des études humanistes dans le cursus universitaire.

Les douze contributions réunies ont été distribuées en quatre sections, l'une générale (Storia), les trois autres reprenant les grandes divisions académiques (Medicina, Diritto, Lettere e filosofia). C'était clairement indiquer que l'objectif de cette rencontre était de rechercher à l'intérieur de l'espace académique universitaire lui-même les formes d'hybridation culturelle ou d'intégration académique des auteurs marqués par l'humanisme.

La première partie envisage des cas d'influence de la nouvelle culture sur des intellectuels restés en dehors de l'université. Robert Black ("A pupil of Marcello Virgilio Adriani at the Florentine Studio", 15-32) retrace l'influence de ce maître florentin sur son élève le plus fameux: Niccolo Machiavelli qu'il a vraisemblablement initié à la connaissance directe de Lucrèce; l'importance de la formation latine et philologique du Secrétaire est également rapportée à un second maître, disciple de Politien, Benedetto Ricciardini, grand spécialiste de Térence dont Machiavel traduit l'Andria.

D'ampleur plus générale est la contribution d'Alison Brown ("Dialogue or Dissent : Cultural politics in Renaissance Florence", 33-57) qui met en évidence combien la conflictualité (sociale comme intellectuelle) du XIVe siècle florentin a été transformée en une société plus homogène dans laquelle clercs comme professeurs d'université ont participé à "humanisme civique" des laïques, une culture dans laquelle l'expression du dissensus, à la différence peut-être du débat scolastique, n'était guère admise. Toutefois, en scrutant habilement les textes, on peut parvenir à retrouver des formes de résistance intellectuelle, dont la plus notable est peut-être le scepticisme d'inspiration lucrétienne qui accompagna Machiavel toute sa vie.

Quant à Francesco Salvestrini ("Il collegio Eugeniano e la cultura dei clerici nella Firenze del Quattrocento", 59-90), il met l'accent sur ce collège "eugénien", fondé par Eugène IV en 1435 et destiné à former les clercs desservant la cathédrale, conformément à un projet constant du pape qui avait multiplié les initiatives similaires en Toscane. Cette Schola, qui traversera les siècles jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, a été un marchepied à la promotion sociale d'enfants de la boutique qui ne pouvaient guère espérer une carrière dans la hiérarchie cléricale mais qui avaient là un moyen de servir la cité en servant son église-mère. S'il n'y était guère question d'humanisme, des rudiments de latin y étaient enseignés.

Avec la 2e partie consacrée à la médecine, c'est davantage l'importance de la formation académique que celle de la formation humaniste qui se dégage. Donatella Lippi ("Conoscere e ri-conoscere : medicina e terapia alla corte dei Medici (XVI-XVIII secolo)", 91-110) nous rappelle combien les Médicis, sur le long terme de leur histoire, ont été attentifs aux débats sur le statut de la médecine (scientia ou ars); la bibliothèque laurentienne témoigne par l'importance des manuscrits médicaux de la place qui était réservée par les maîtres de Florence à cette discipline, eux qui surent s'entourer des meilleurs spécialistes pour leur propre compte. Beaucoup de ces maîtres avaient en réalité accompli une riche peregrinatio academica vers les centres intellectuels d'Italie du Nord, Padoue et Pavie notamment. A cette circulation des élites intellectuelles est consacrée la contribution de Paolo Rosso ("Studiare e insegnare in studiis alienis. La peregrinatio medica toscana negli Studia generalia dell'Italia settentrionale (Padova, Pavia, Torino, secoli XIV-XV)", 111-182); la dignité croissante du corps médical en Toscane (mais probablement la remarque pourrait être élargie à d'autres espaces italiens et européens) est clairement dessinée dans l'essai de Lucia Sandri ("Il collegio medico fiorentino e la riforma di Cosimo I : origini e funzioni (scc. XIV-XVI)", 183-214) qui rappelle comment les médecins d'abord intégrés dans l'art "des médecins, épiciers et merciers" ont progressivement vu leur expertise reconnue au point que Côme 1er finit par transformer le corps des médecins en un collège de supervision et de conseil politique en matière sanitaire désormais découplée de la corporation.

Les deux essais qui composent la troisième partie de l'ouvrage révèlent le contraste dans les universités toscanes à l'égard des nouveaux savoirs. Si Sienne, nous rappelle Paolo L. Nardi ("Lo studio di Siena e l'insegnamento del diritto in epoca rinascimentale", 215-240), ne s'est guère ouverte aux influences nouvelles, en dépit de la présence sur place d'une grande famille de juristes (les Sozzini), le studium de Florence en revanche s'est montré plus intéressé et ce, dès l'ouverture de l'université au milieu du XIVe siècle, comme le dit, peut-être avec un optimisme exagéré, Enrico Spagnesi ("Saperi giuridici e saperi umanistici a confronto nello Studio fiorentino del Trecento", 241-274); les formes de collaboration que Spagnesi évoque datent plutôt de la fin du XVe siècle que du Trecento ou des premières décennies du Quattrocento encore vibrantes des postures de combats pétrarquiens.

La dernière série d'études est consacrée à la littérature et à la philosophie dans les universités toscanes. Toutes montrent avec clarté la profonde imprégnation de la pédagogie universitaire de la fin du Quattrocento par la culture humaniste. Francesco Bausi illustre le cas de Politien dont les leçons inaugurales (les Prolusiones) pourtant caractéristiques de la tradition scolastique ont été traitées de façon innovante par le protégé de Laurent ("Le prolusioni accademiche di Angelo Poliziano", 275-304), capable ainsi de montrer sa force de rupture dans les exercices a priori les plus convenus. C'est à une démonstration semblable que nous convient à la fois Simona Mercuri ("Strategie letterarie e communicative nelle Orationes accademiche di Bartolomeo della Fonte", 305-327) et Gennaro Tallini ("Cronologia degli scritti e motivazioni didattiche nelle opere di Agostino Nifo durante il periodo pisano (1518-1523)", 328-348) qui s'intéressent à la façon dont l'enseignement de ces deux auteurs porte trace des intérêts intellectuels plus larges que ceux de la tradition universitaire. C'est particulièrement notable chez Nifo, figure classique de l'aristotélisme tardif, qui dans son enseignement pisan s'est montré sensible à des thèmes comme la rhétorique ou le comportement du courtisan, toutes choses plutôt extérieures au cursus ordinaire. Enfin Paolo Viti revient sur le Politien ("Poliziano, professore a Firenze. Su alcune novità del suo insegnamento", 349-362) dont les innovations méthodologiques (essentiellement la contemporanéité de l'apprentissage du latin et du grec et le recours à la comparaison de textes les plus variés pour nourrir l'analyse), n'ont guère eu d'écho chez les humanistes contemporains (pas plus que chez les enfants de Laurent dont il a été le précepteur).

Au total, un riche ouvrage qui laisse néanmoins en suspens le lecteur, par delà la multitude des cas d'espèces. La mosaïque s'anime, mais ses lignes et contours demeurent encore à préciser. A qui s'interroge sur les liens entre une institution comme l'université et le déploiement du programme des studia humanitatis (en particulier au XVe siècle) ne conviendrait-il pas de proposer une méthodologie d'analyse plus globale, par exemple à travers une enquête systématique sur les cours universitaires ? Un tel programme ne saurait être le fait d'une personne, mais d'une communauté de chercheurs réunis autour d'un objet... comme l'avaient été avant eux les humanistes du Quattrocento.

Patrick Gilli