Rezension über:

Jan Bernhard Meister: Der Körper des Princeps. Zur Problematik eines monarchischen Körpers ohne Monarchie (= Historia. Einzelschriften; Bd. 223), Stuttgart: Franz Steiner Verlag 2012, 328 S., ISBN 978-3-515-10080-9, EUR 64,00
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Rezension von:
Stéphane Benoist
Université SHS-Lille 3-Charles-de-Gaulle, Villeneuve d’Ascq
Redaktionelle Betreuung:
Matthias Haake
Empfohlene Zitierweise:
Stéphane Benoist: Rezension von: Jan Bernhard Meister: Der Körper des Princeps. Zur Problematik eines monarchischen Körpers ohne Monarchie, Stuttgart: Franz Steiner Verlag 2012, in: sehepunkte 13 (2013), Nr. 4 [15.04.2013], URL: http://www.sehepunkte.de
/2013/04/21573.html


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Jan Bernhard Meister: Der Körper des Princeps

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Il est incontestable que l'on a assisté, depuis un quart de siècle, à un important renouvellement des problématiques en histoire de l'antiquité classique, ce qui génère assurément des avancées, notamment dans l'approche du fonctionnement de la cité de Rome et de son empire aux époques républicaine et impériale. Je citerai, dans la perspective du présent volume en recension, les histoires du corps et du vêtement, les enquêtes sur le genre et les sexualités, la prise en compte dans le champ du politique des pratiques cérémonielles et plus généralement de la notion de rituel, cet ensemble de travaux récents ainsi «orientés» nous permettant d'éclairer de manière opportune les mises en scènes de la société politique et de faciliter la compréhension du passage délicat de la république au principat. C'est en définitive à la perspective d'un véritable discours impérial de représentation du pouvoir que nous sommes confrontés et qui nous offre la possibilité d'envisager le monde romain par-delà la césure artificielle entre une res publica et un empire.

La thèse de Jan Bernhard Meister, soutenue à Bâle en 2010 sous la direction du Professeur Jürgen von Ungern-Sternberg et qui a bénéficié d'un soutien éclairé de la part des professeurs Thomas Späth et Aloys Winterling, est parue en 2012 dans la collection des suppléments de la revue Historia. Ses titre et sous-titre rendent en partie compte du vaste champ de recherche exploré par son auteur, même si le cadre chronologique et l'angle d'approche (sources, thématiques et méthodes privilégiées) ne se laissent découvrir que chemin faisant, en introduction et au long des deux cent cinquante pages du développement. Il s'est donc agi du corps du prince, à savoir d'une façon proprement romaine d'envisager un «corps monarchique» sans monarchie. C'est bien à cette vexata quaestio de la nature du principat et de ses liens avec la res publica qu'il est censé prolonger que ce livre dense et stimulant s'attache, par un biais tout à fait pertinent même s'il engage l'historien sur la voie d'une sociologie politique qu'il convient de maîtriser en la mettant au service d'une société donnée, de ses modes de fonctionnement et de ses propres systèmes de représentation.

L'économie du volume est la suivante. Selon un déroulement globalement chronologique, avec une première partie centrée sur le dernier siècle de la République en cinq sections, de Marius aux compétiteurs de l'ultime guerre civile, sensiblement plus courte que la seconde (90 p. pour 160), en six parties, qui porte sur les débuts du principat, Meister traite de plus de deux siècles d'histoire romaine, s'attachant plus particulièrement, de Marius à Suétone, aux personnages et aux auteurs qui lui semblent pouvoir nourrir ses réflexions sur les corps du sénateur et du prince, soit autant de variations à partir d'une même conception aristocratique (de l'auctoritas des maiores à la maiestas du princeps). Cicéron, Sénèque, Tacite, Pline et Suétone sont les références les plus fréquemment convoquées, d'un acteur de la vie politique tardo-républicaine aux témoins des crises de croissance du principat julio-claudien, flavien puis proto-antonin, de Claude à Hadrien. Quelques développements conduisent le lecteur depuis le tout début du IIe siècle avant notre ère jusqu'au tournant des IIe et IIIe siècles de notre ère, à propos en ce dernier cas de la consecratio de Pertinax et de Septime Sévère. Une introduction à portée méthodologique et historiographique de neuf pages permet de mesurer les présupposés d'une telle recherche. La référence d'ouverture aux «deux corps du roi» de Ernst Kantorowicz est attendue, sinon limitative en quoi que ce soit. On peut s'accorder sur une autre formulation: de l'homme au titulaire d'une fonction, du princeps à la statio principis, en laissant la parole à Marc Aurèle (Écrits pour lui-même, VI, 44, 6), dont les propos sont empreints d'un stoïcisme qui me semble fondamental pour toute enquête sur le corps du souverain: «Ma cité et ma patrie, en tant qu'Antonin, c'est Rome; ma cité et ma patrie, en tant qu'homme, c'est le Monde; tout ce qui est utile à ces deux cités est pour moi le seul Bien». Une conclusion générale résume en six pages la démarche entreprise, le livre s'achevant par une bibliographie le plus souvent complète et des indices (locorum, nominum, geographicus et rerum).

Il ressort de la lecture de ce livre un usage parfaitement maîtrisé des théories sociologiques contemporaines, en particulier les définitions de l'habitus selon Pierre Bourdieu, qui s'accompagne d'une analyse rigoureuse d'un corpus, presque exclusivement littéraire, et débouche sur un ensemble de remarques pertinentes à propos du capital symbolique de la société romaine républicaine et impériale. L'analyse des discours, que le prolongement souhaitable d'un vaste dépouillement des inscriptions et images étaierait, permet d'accréditer une séquence dépassant un partage trop facilement affirmé entre comportements républicains et normes impériales. Le prince, en tant que magistrat d'essence républicaine et représentant - en tout cas sans conteste aux deux premiers siècles de l'empire - d'un ensemble de valeurs largement partagées par l'élite des ordines de la cité-capitale et, au-delà, les notables de toutes les cités provinciales (qui apparaissent plus épisodiquement dans ce livre), peut s'incarner dans un corps politique et représenter pour tous les philosophes stoïciens le caput d'un corpus imperii. De la sorte, il est remarquable de relever dans les propos des historiens, philosophes et rhéteurs, les mêmes notations concernant un contrôle social qui s'exprime au travers de remarques à propos des vêtements portés, de certaines pratiques scrutées en public mais également en privé, des comportements hors normes étant tout aussi décriés à l'époque républicaine qu'à l'âge des empereurs. La figure du tyran se construit ainsi dès le dernier siècle de la République, Cicéron s'avérant l'un de ses concepteurs les plus redoutables. Il en va ainsi de ses attaques régulières à l'encontre de Marc Antoine dans les Philippiques, dont le but est de délégitimer le consul de 44, en vilipendant sa tenue - la nudité du luperque le 15 février traduit l'absence du port de la toge, normale en de telles circonstances -, tandis que les allusions à son corps exhibé, parfumé et huilé, se parent des accents d'une dénonciation de la levitas contraire à la gravitas que l'on attend en toute circonstance du magistrat. La figure sexuelle déviante de la passivité supposée d'Antoine rejoint ainsi toutes les affirmations chez Suétone à l'encontre des mauvais princes, Caligula, Néron ou Domitien, dont on peut aisément mesurer la postérité à la lecture des biographies de l'Histoire Auguste à propos de Commode ou d'Élagabal.

L'apparat monarchique et les discours de célébration du pouvoir impérial prennent naturellement place au cœur de pratiques cérémonielles durant lesquelles le corps du prince en situation («en fête») et ses différentes images/substituts participent d'un même système de représentation que cette étude très documentée nous permet d'envisager. On peut certes prolonger l'enquête en exploitant par exemple la riche documentation des titulatures impériales mises en contexte et les monumenta qu'il convient de prendre en compte en même temps, groupes statuaires notamment qui donnent «corps» à la notion fondamentale de domus divina. S'il reste quelques domaines à explorer et des distinctions à opérer, entre imagines et effigies notamment, contenu proprement funéraire et cérémonies d'apothéose, présence ou non du corps matériel du prince, prise en compte des variations de traits des portraits impériaux balançant entre vérisme et idéalisation, imperatores, magistrat en toge et capite velato, le travail de Jan Bernhard Meister apporte d'ores et déjà beaucoup, procédant avec méthode et discernement, en livrant notamment une histoire du pouvoir impérial qui inclut les modèles de comportement et révèle la construction d'un discours normé que l'on peut ainsi apprécier en le replaçant sur une très longue durée. Ce rapport d'étape sur le corps du prince et ses antécédents nobiliaires républicains représente donc, pour tout observateur attentif des pratiques ritualisées du politique à Rome, une avancée qu'il importera d'enrichir.

Stéphane Benoist