Rezension über:

A.J.S. Spawforth: Greece and the Augustan Cultural Revolution (= Greek Culture in the Roman World), Cambridge: Cambridge University Press 2012, VIII + 319 S., 2 s/w-Abb., ISBN 978-1-1070-1211-0, USD 99,00
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Rezension von:
Yves Lafond
Département d'histoire, Université de Poitiers
Redaktionelle Betreuung:
Matthias Haake
Empfohlene Zitierweise:
Yves Lafond: Rezension von: A.J.S. Spawforth: Greece and the Augustan Cultural Revolution, Cambridge: Cambridge University Press 2012, in: sehepunkte 12 (2012), Nr. 9 [15.09.2012], URL: http://www.sehepunkte.de
/2012/09/20724.html


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A.J.S. Spawforth: Greece and the Augustan Cultural Revolution

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Le présent volume, partie intégrante de la déjà riche série de titres consacrée, sous la houlette de S. Alcock, J. Elsner et S. Goldhill, à l'étude de la culture grecque dans le monde impérial romain, prend place dans l'ensemble de travaux et de réflexions qui se sont multipliés dans les dernières décennies sur le monde grec à l'époque impériale.

La perspective adoptée ici, telle qu'elle s'exprime à travers le titre même de l'ouvrage, est originale, dans la mesure où elle fixe comme limites à l'enquête un moment clé de l'époque impériale: le règne d'Auguste, c'est-à-dire l'époque de transition, à Rome, entre République et Empire (de la fin du Ier s. av. J.-C. au début du Ier s. ap. J.-C.). De fait, depuis l'étude pionnière de G.W. Bowersock [1], le renouvellement de la documentation archéologique et épigraphique justifie pleinement un réexamen des effets et des enjeux de la politique augustéenne vis-à-vis du monde grec.

Mais de quelle Grèce s'agit-il, et quels contours donner à la notion de "révolution culturelle"?

Un premier chapitre, faisant office d'introduction, précise les objectifs de l'auteur: il s'agit d'analyser l'influence qu'ont pu exercer les valeurs morales romaines sur le comportement culturel des Grecs provinciaux; ce qui est envisagé ici, c'est donc bien un processus d'acculturation grecque aux valeurs romaines, où le regain d'hellénisme (l'auteur parle de "re-hellenisation") est mis au compte d'une "révolution culturelle" romaine dont les connotations morales sont jugées déterminantes: l'approche, qui doit beaucoup aux travaux de Wallace-Hadrill [2], défend l'importance d'un contexte de réaction à un affaiblissement des idéaux traditionnels pronés par les défenseurs d'une identité "nationale" romaine, voire par des intellectuels grecs eux-mêmes tel Denys d'Halicarnasse.

L'enquête vise à mettre en lumière la place qu'occupe dans ce processus la politique impériale, ainsi que le rôle joué par les notables - un terrain familier à l'auteur qui a consacré à des familles de l'élite péloponnésienne d'époque impériale plusieurs études prosopographiques importantes, éclairantes sur les stratégies familiales et le jeu des échanges culturels à l'œuvre dans un Empire où, au-delà des oppositions traditionnelles entre peuples, ou entre Grecs et Barbares, la ligne de partage a fini par s'établir entre Romains et non Romains, selon un processus qui a fait progressivement de Rome la patrie commune à tous les citoyens.

L'intérêt de la démarche est donc d'essayer de montrer, non pas les effets d'une "romanisation" dont l'auteur admet lui-même le peu d'efficacité conceptuelle, mais l'importance du point de vue romain dans la réélaboration d'une identité grecque. [3]

La démonstration s'organise en quatre grandes étapes.

Dans un premier temps (chapitre 2), l'auteur s'attache à mettre en lumière le rôle joué dans la politique culturelle d'époque augustéenne par l'idéalisation d'Athènes et de Sparte: l'analyse, dans le cas d'Athènes, est centrée sur l'Agrippeion, un monument construit sur l'agora et interprété comme témoignage à la fois du prestige de l'éloquence attique et d'une réorganisation romaine du centre de l'espace civique athénien; à Sparte, l'accent est mis sur la résurgence favorisée par le pouvoir romain de pratiques éducatives traditionnelles bien en accord avec un idéal de disciplina, dans un contexte qui permet à l'auteur de souligner la place tenue par des membres influents de l'élite locale, tel Euryclès.

L'auteur s'attarde ensuite (chapitre 3) sur le symbolisme des guerres médiques et la portée donnée à l'événement dans l'idéologie augustéenne, à en juger du moins par ce que révèle la documentation, surtout épigraphique, de la prééminence accordée à des personnages clés de ce passé grec dans la mémoire et les pratiques de cités comme Athènes, Sparte ou Platées.

La partie la plus développée (chapitre 4) vise à mesurer l'impact sur les cités d'un nouveau climat religieux favorisé dès les dernières décades du Ier s. av. J.-C. par les contacts entre les élites grecques et romaines (l'auteur insiste à juste titre sur l'idée d'un dialogue grec avec Rome, illustré ici par les exemples d'Athènes et d'Olympie): il s'agit de montrer comment le rapport aux traditions, la prise en charge de prêtrises civiques et le déroulement des rituels au niveau local s'inscrivent dans un contexte plus large lié à une politique romaine de réorganisation religieuse.

Plusieurs thèmes sont analysés dans cette perspective: la politique d'Auguste dans les sanctuaires d'Olympie et de Delphes, mais aussi à Éleusis; la place accrue donnée aux conseils d'anciens (gerousiai) dans les cités, étudiée à la lumière des exemples d'Argos et de Messène (la datation proposée par Thémélis pour l'inscription des mystères d'Andania permettant à l'auteur d'intégrer ce document à son analyse); le renouveau cultuel à Sparte et à Athènes, attesté par une documentation épigraphique dont la datation reste cependant parfois sujette à caution.

L'étape suivante (chapitre 5) est consacrée à l'activité architecturale et urbanistique qui se déploie en Grèce à l'époque d'Auguste: loin de prétendre fournir une synthèse sur cet aspect, l'auteur entend, dans le prolongement des chapitres précédents, saisir surtout les motivations idéologiques qui sous-tendent ces restaurations ou transformations apportées aux paysages civiques. Cela permet en même temps de souligner la part que prennent les élites locales à ces activités et d'analyser leur adhésion à la "romanité", à la lumière de quelques textes épigraphiques jugés significatifs: à Messène, où la documentation n'a cessé de s'enrichir depuis les fouilles des dernières décennies, mais aussi à Athènes, Sparte, Olympie ou Mantinée.

La dernière étape (chapitre 6) vient en prolongement de l'ensemble de l'enquête: elle évoque à grands traits la continuité qu'il est possible d'établir entre le règne d'Auguste et celui d'Hadrien, en ce qui concerne les rapports entre culture grecque et idéologie impériale, révélateurs en particulier de la primauté accordée aux cités de la "vieille" Grèce comme Athènes ou Sparte.

Le point de vue adopté dans cette étude, plus étroit que ne le laissait entendre le titre général de l'ouvrage, restreint certes l'analyse aux quelques cités de Grèce privilégiées par l'idéologie augustéenne, mais apporte un éclairage stimulant sur le rôle de cette surévaluation dans la vision que le pouvoir romain pouvait chercher à donner de la Grèce à l'époque de l'instauration du principat.

Dans le courant actuel des recherches sur la Grèce romaine et plus particulièrement sur la question du rapport entre cultures et identités, l'auteur a réussi, à la lumière d'exemples significatifs, sinon à dégager une spécificité de l'époque augustéenne que l'état de la documentation rend souvent difficile à saisir, en tout cas à montrer, dans l'étude du rapport des Romains à la culture grecque, comment se combinent les effets d'une attirance pour les modèles grecs et le souci d'imposer une marque romaine.


Notes:

[1] Augustus and the Greek World, Oxford 1965.

[2] En dernier lieu: Rome's Cultural Revolution, Cambridge 2008.

[3] Il est dommage de ne pas voir cités à ce propos dans la bibliographie pourtant étoffée l'article de P. le Roux: La romanisation en question, Annales HSS, 2004, 287-311 ou le dossier de la revue Métis, paru en 2005 sous la direction de V. Huet et E. Valette-Cagnac: Et si les Romains avaient inventé la Grèce ?

Yves Lafond