Rezension über:

Peter Fabisch: Iulius exclusus e coelis. Motive und Tendenzen gallikanischer und bibelhumanistischer Papstkritik im Umfeld des Erasmus (= Reformationsgeschichtliche Studien und Texte; Bd. 152), Münster: Aschendorff 2008, 582 S., ISBN 978-3-402-11577-0, EUR 65,00
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Rezension von:
Monique Samuel-Scheyder
Centre de recherches germaniques et scandinaves, Université de Nancy II
Redaktionelle Betreuung:
Julia A. Schmidt-Funke
Empfohlene Zitierweise:
Monique Samuel-Scheyder: Rezension von: Peter Fabisch: Iulius exclusus e coelis. Motive und Tendenzen gallikanischer und bibelhumanistischer Papstkritik im Umfeld des Erasmus, Münster: Aschendorff 2008, in: sehepunkte 9 (2009), Nr. 6 [15.06.2009], URL: http://www.sehepunkte.de
/2009/06/15343.html


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Peter Fabisch: Iulius exclusus e coelis

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L'editio princeps du Julius Exclusus e coelis est sortie sans nom d'auteur des presses de l'imprimeur Jakob Schmitt à Spire en 1517, puis a connu plusieurs autres éditions avec des variantes dans les années qui suivirent. Ce pamphlet antipapiste de quinze pages se présente sous la forme d'un dialogue entre Jules II et saint Pierre, qui se montre réticent à laisser entrer le défunt pape au Paradis. Cependant l'origine et la genèse du libelle, dont la page de titre mentionne la date de 1513, année du décès de Jules II, sont restées incertaines depuis près de quatre siècles et ont donné lieu à des hypothèses diverses. L'importante monographie de Peter Fabisch reprend la discussion en revisitant les thèses et travaux récents, dont l'auteur se propose de remettre en question les conclusions alors qu'elles semblaient définitivement admises.

Le pamphlet du Julius exclusus développe une thématique critique à la charnière du débat éthique et politico-religieux dans la mouvance des idées conciliaristes voire gallicanes, qui virent le jour en France et furent fortement défendues sous le règne de Louis XII. A partir de 1517 l'opuscule fut largement diffusé sous une forme anonyme dans les milieux humanistes allemands et de l'Europe du Nord, les centres de diffusion en étant Bâle, Strasbourg, Cologne, Anvers, Louvain. Nombreux furent ceux qui voulurent y reconnaître la plume d'Erasme, tant par l'élégance du style, d'une parfaite latinitas, que par l'ironie cinglante pointant du doigt les déviances dont s'était rendu coupable le chef de la chrétienté, son goût immodéré pour les guerres et ses mœurs dissolues. On y retrouvait le même esprit, le même fonds de pensées que dans l'"Eloge de la Folie".

Mais Erasme en récusa la paternité dans plusieurs lettres adressées à ses amis et protecteurs et s'efforça d'orienter les soupçons vers les milieux parisiens à l'époque du concile de Pise et du schisme gallican en France. La présence des initiales F.A.F., reproduites sur l'editio princeps, pouvait en accréditer l'origine chez Faustus Androlinus, un humaniste italien, ami d'Erasme, qui vécut à Paris entre 1488 et 1518, où il était bien en cours dans les milieux politiques. Cependant, dès l'édition d'Oxford de 1664, la plupart des spécialistes d'Erasme trouvèrent des arguments en faveur de la rédaction initiale du dialogue par l'humaniste de Rotterdam, qui l'aurait composé pendant son séjour en Angleterre en 1513-1514 ; mais le pamphlet, imprimé quelques années plus tard contre son gré, l'aurait placé dans une position délicate dans un contexte politique et religieux différent. Les biographies plus récentes consacrées à Erasme (R. Stupperich, C. Augustijn, L.-E. Halkin) adoptent généralement ces mêmes conclusions.

L'objectif de la présente monographie est de revisiter la thèse de la paternité d'Erasme d'un point de vue critique, en adoptant, dans la ligne des travaux de C. Stange, le parti de prendre "au sérieux" les dénégations de l'humaniste. C'est pourquoi, dépassant largement le cadre de la biographie d'Erasme et de l'étude comparative avec les textes érasmiens, l'ouvrage de P. Fabisch se fonde sur une ample investigation du contexte politique et religieux, intellectuel et littéraire de ce dialogue satirique qui s'inscrit dans la littérature antipapiste des milieux humanistes des premières décennies du XVIe siècle; le matériau ainsi rassemblé est confronté en un débat contradictoire aux différentes thèses développées antérieurement pro et contra la paternité d'Erasme; les conclusions sont tirées succinctement, laissant une certaine liberté d'appréciation au lecteur.

La première partie traite du gallicanisme, clef de lecture essentielle pour l'interprétation du dialogue, qui permet d'en déterminer avec certitude l'origine conceptuelle. Les données politiques et religieuses du conflit entre Jules II et le roi de France Louis XII, les visées du gallicanisme, les idées conciliaristes et réformistes, telles qu'elles s'expriment dans le concile de Pise et les controverses théologiques (J. Almain contre Cajetan) et principalement leur traduction dans l'abondante littérature critique et satirique parisienne, dirigée contre le "pape en armure" (comédies populaires de la Basoche, moralités et soties de Gringore, écrits de circonstance de l'historiographe Faustus Androlinus), sont autant d'éléments de référence qui donnent lieu à une analyse comparative serrée avec le texte du Julius exclusus et dont la présence atteste, selon l'auteur, l'orientation 'gallicane' du dialogue, permettant même d'y voir un écrit de combat.

Dans la seconde partie de l'ouvrage l'enquête se focalise sur Erasme; il en ressort que, malgré sa vive condamnation des actions guerrières de Jules II, l'humaniste s'est voulu réservé dans ses attaques ad hominem et a plutôt affiché dans ses conceptions ecclésiologiques un "curialisme" modéré, peu en phase avec un programme réformiste d'inspiration gallicane. Selon l'auteur, c'est donc dans le contexte des milieux littéraires humanistes parisiens, où la satire de Lucien de Samosate était très en vogue qu'un dialogue satirique sur la vie de Jules II aurait vu le jour et fourni à Faustus Androlinus la trame d'une version primitive du Julius exclusus. Pendant son séjour en Angleterre Erasme en aurait réalisé une copie qui, par suite une indiscrétion de son secrétaire T. Lupset, parvint entre les mains d'Ulrich von Hutten. L'humaniste, alors très engagé dans la polémique antipapiste à propos de l'affaire Reuchlin, s'empressa de faire publier une version du pamphlet arrangée par ses soins.

La troisième partie s'attache à clarifier les circonstances particulières, locales et éditoriales, qui expliquent les variantes relevées dans les différentes versions du document et qui, fussent-elles de la main de Hutten ou de Beatus Rhenanus, répondaient davantage au contexte politique de l'empire et aux orientations éthiques de l'"humanisme biblique".

L'ouvrage de P. Fabisch reproduit en annexe le texte du Julius exclusus sous forme d'une synopse du manuscrit-Amerbach (Bâle 1516) et des éditions de Spire (1517), de Louvain (1518) et Bâle (1519/1520). Il donne la liste des éditions anciennes parues jusqu'en 1614 et des éditions récentes ainsi qu'une bibliographie très complète de la littérature critique.

Cette monographie qui éclaire, nuance et enrichit par des apports inédits un panorama très complet des nombreux travaux consacrés au Julius exclusus constitue un outil précieux pour la connaissance des milieux humanistes des débuts du XVIe siècle ainsi que des étroites connexions qui les relient d'un pays à l'autre. L'auteur développe avec érudition et rigueur scientifique une approche nouvelle concernant un sujet sur lequel demeurent inévitablement des zones d'ombre, en acceptant de ne pas en lever toutes les ambiguïtés. On peut néanmoins regretter le caractère un peu trop systématique de la démarche méthodologique, qui expose à propos de chacune des rubriques les arguments des thèses opposées au risque de se redire, et rend ainsi moins évidente la progression de la démonstration. Si la thèse défendue par P. Fabisch est tout-à-fait pertinente eu égard aux éléments apportés au dossier, elle aurait encore gagné à être soutenue par une argumentation rhétorique plus ferme.

Monique Samuel-Scheyder