Rémy Ambühl / Andy King (eds.): Documenting Warfare. Records of the Hundred Years War. Edited and translated in Honour of Anne Curry (= Warfare in History; Vol. 54), Woodbridge: Boydell Press 2024, XVII + 410 S., 1 s/w-Abb., ISBN 978-1-83765-024-8, GBP 110,00
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David Green: The Hundred Years War. A People's History, New Haven / London: Yale University Press 2014
Anne Curry: Agincourt, Oxford: Oxford University Press 2015
Neil Murphy: The Captivity of John II, 1356-60. The Royal Image in Later Medieval England and France, Basingstoke: Palgrave Macmillan 2016
Christoph Mauntel: Gewalt in Wort und Tat. Praktiken und Narrative im spätmittelalterlichen Frankreich, Ostfildern: Thorbecke 2014
Michael Livingston / Kelly DeVries (eds.): The Battle of Crécy. A Casebook, Liverpool: Liverpool University Press 2015
Anne Curry / Rémy Ambühl (eds.): A Soldiers' Chronicle of the Hundred Years War. College of Arms Manuscript M 9, Woodbridge / Rochester, NY: Boydell & Brewer 2022
Jim L. Bolton: Money in the Medieval English Economy, 973-1489, Manchester: Manchester University Press 2012
Roberto Biolzi / Bertrand Schnerb: "Jay grand envie de veoir assaillir". Guerre, guerriers et finances dans les États de Savoie à la fin du Moyen Age (XIVe-XVe siècle), Rennes: Presses Universitaires de Rennes 2024
Les travaux de la professeure Anne Curry constituent des références incontournables pour quiconque s'intéresse, de près ou de loin, à la guerre de Cent Ans. Depuis la soutenance de sa thèse de doctorat en 1985, intitulée Military Organisation in Lancastrian Normandy, 1422-1450, A. Curry s'est distinguée par une production scientifique particulièrement abondante, qui compte plus d'une centaine de publications. Celle-ci comprend non seulement des recherches académiques de tout premier plan, mais également des ouvrages de vulgarisation ayant contribué à faire connaître auprès d'un large public les avancées les plus récentes de la recherche sur la guerre aux XIVe et XVe siècles.
Il est donc aisé de comprendre pourquoi le monde académique a décidé de lui rendre hommage avec un remarquable volume de mélanges, ou Festschrift. Plus d'une vingtaine d'auteurs collègues, amis ou élèves - ont participé à l'ouvrage. On regrettera toutefois l'absence de Philippe Contamine, disparu trop tôt pour participer à cette entreprise.
Contrairement à de nombreux ouvrages du genre, ce volume de mélanges privilégie l'édition de textes anciens. Nous tenons ce choix pour excellent. De nos jours, l'édition de sources est bien moins populaire qu'aux siècles précédents et, si un grand nombre de documents ont déjà fait l'objet d'une édition scientifique, lorsqu'il est question du bas Moyen Âge, le nombre de trésors qui dorment encore dans les archives demeure considérable.
L'ouvrage s'ouvre sur un tableau général des sources françaises et anglaises permettant de documenter la guerre de Cent Ans (R. Ambühl et A. King). Les auteurs insistent tant sur leur diversité que sur leur ubiquité et, par conséquent, sur l'impossibilité matérielle d'en dresser le catalogue. Les contributions qui suivent confirment pleinement la justesse de ce constat.
Dix-huit études de cas, disposées selon un ordre chronologique, suivent l'introduction. L'espace imparti à ce compte-rendu ne permet malheureusement pas de présenter systématiquement chacune de ces contributions. Heureusement, la table des matières de cet ouvrage est facilement accessible sur le site de l'éditeur.
Afin de souligner la richesse de ce volume, présentons les divers types de documents qui s'y trouvent édités. Nous y rencontrons naturellement des comptes. Ainsi, des extraits de la Great Wardrobe (1374-1377) nous permettent de découvrir un aspect du jeu diplomatique destiné à placer la princesse Isabelle de Woodstock au centre de la cour royale (Chl. McKenzie). Le tragique destin des montures pendant la guerre est abordé grÂce à un compte du bailliage d'Aire (1417), où se trouve consignée la vente de chevaux errants retrouvés après la bataille d'Azincourt (B. Schnerb). Un autre document détaille les dépenses effectuées à l'occasion de la visite de plusieurs artilleurs allemands en Angleterre (1438), ce qui nous permet de mieux comprendre le développement et la diffusion des armes pyrotechniques (D. Spencer).
Les endentures, ces actes similaires à nos chirographes, sont omniprésentes. GrÂce à celles-ci, nous découvrons la nomination du gardien du chÂteau écossais de Lochmaben (1346) (A. King). Une autre, passée entre Robert Knolles et Édouard III, dévoile les dessous de la préparation d'une chevauchée en France (1370) (R. Ambühl). Une endenture relative à un versement de salaire, ainsi qu'une liste d'équipage comprenant aussi bien les marins que les archers et les hommes embarqués à bord, permettent de reconstituer une partie du destin du Magdaleyn, navire coulé en 1375 (A. Ayton). Enfin, ce type de document permet de reconstituer l'ensemble d'une flottille anglaise de transport de troupes, puisque ces pièces indiquent, entre autres, le nom du navire, son tonnage, le nom de son propriétaire et la date de son entrée en service (1450-1451) (C. Lambert).
D'autres actes sont également mis à contribution: un accord passé entre Juan Ier de Castille et Florimont de Lesparre (1381), afin de préciser les modalités du remboursement de la rançon de ce dernier (Guilhem Pépin) ; un ordre de Jean de Blaisy adressé à Jean le Flament chargé de verser plusieurs sommes alors que l'on rassemblait hommes d'armes et bateaux en vue d'une expédition à mener sur le sol anglais (1387) (M. Jones) ; l'alliance entre le comte de Foix et d'Armagnac et le seigneur d'Albret (1418) qui permit à ces deux familles de pacifier la Gascogne (P. Courroux) ; enfin, la nomination de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, comme lieutenant du roi d'Angleterre à Paris et dans plusieurs bailliages du nord de la France (1429) (A. Lobanov).
Les lettres de rémission sont une source d'une extrême richesse. Nous pouvons ainsi y lire l'histoire de Mure et de Guillaume Causit, qui n'ont pas hésité à engager des mercenaires afin de régler un problème de succession (1365) (J. Firnhaber-Baker) ; celle de plusieurs villageois bénéficiant d'un pardon royal bien qu'ils aient mis à mort trois mercenaires gallois coupables de pillages et de viols (1397) (V. Toureille) ; ou encore celle de William de Hallifax qui tua un homme d'un coup d'épée à la tête (1420) (D. Simpkin).
D'autres types d'archives ont aussi attiré l'attention : l'inventaire des armes de Lionel, Earl d'Ulster et duc de Clarence (1369) (M. Mercer) ; la déposition de sir Richard Waldegrave (1386), qui nous permet de découvrir la carrière d'un chevalier considéré comme un modèle de son temps (A. Bell, H. Eiden et H. Killick) ; le testament rédigé par William, Lord Botreaux, en 1415, alors qu'il espérait accompagner Henri V en France (M. Hicks) ; ou encore l'aliénation d'armes consentie par Hamelet Smethewyk, qui abandonne son blason au profit de John atte Wode et de ses héritiers (1427) (A. Ailes et M. Ailes).
Chacune de ces archives est replacée dans le cadre événementiel de la guerre de Cent Ans, ce qui nous permet de saisir les raisons de sa production. Les spécificités propres à chaque type de document sont généralement explicitées. Une analyse détaillée du contenu permet d'aborder un aspect particulier de la guerre de Cent Ans. Le document est enfin édité et traduit en anglais, ces textes étant rédigés en latin médiéval, en moyen français, en anglo-normand et même en espagnol ancien.
Deux études accompagnent l'ensemble des contributions. La première, due à M. Jones, présente Anne Curry et s'accompagne d'une note de T. Pollard. La seconde se concentre sur les recherches menées par l'historienne sur la Normandie (V. Gazeau). Une bibliographie substantielle recensant les principales publications de la professeure, ainsi qu'un index et une tabula gratulatoria, viennent clore l'ouvrage.
La lecture de ce volume de mélanges ne permet pas d'obtenir une vision générale du déroulement de la guerre de Cent Ans. Ce n'est pas son objectif et il existe de nombreux ouvrages capables de remplir cet office. En revanche, si un sujet de recherche est similaire à l'une des études présentes dans ces mélanges, nul doute que sa lecture sera des plus profitables.
Mais ce n'est pas le seul intérêt de cet ouvrage. GrÂce au large panorama des documents qui y sont mis à contribution, nous en conseillons vivement la lecture aux étudiants qui désirent découvrir la grande diversité des archives touchant à la guerre médiévale et apprendre la meilleure manière de les exploiter. L'ouvrage constituera également une excellente source d'inspiration si l'un de ces étudiants venait à manquer d'idées au moment de choisir un sujet de recherche.
Sergio Boffa