Rezension über:

Robin Osborne: The History Written on the Classical Greek Body, Cambridge: Cambridge University Press 2011, XV + 260 S., 61 s/w-Abb., ISBN 978-0-521-17670-5, GBP 18,99
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Rezension von:
François Lissarrague
École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris
Redaktionelle Betreuung:
Matthias Haake
Empfohlene Zitierweise:
François Lissarrague: Rezension von: Robin Osborne: The History Written on the Classical Greek Body, Cambridge: Cambridge University Press 2011, in: sehepunkte 12 (2012), Nr. 9 [15.09.2012], URL: http://www.sehepunkte.de
/2012/09/20596.html


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Robin Osborne: The History Written on the Classical Greek Body

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Le livre de Robin Osborne est le résultat d'un projet de recherche collectif qui a pour intitulé 'Changing Beliefs of the Human Body from the Palaeolithic to Modern Medical Anthropology' ; il s'adresse non seulement aux spécialistes du monde grec, mais aussi aux historiens du corps. L'ouvrage se présente comme une relecture radicale de ce qui nous est donné de savoir sur le corps non plus, comme on l'a fait jusqu'à présent, à partir de ce que le textes nous en disent mais à partir de ce que les corps représentés en montrent. Il s'agit donc de rendre compte d'une histoire qui se lit SUR les corps: non pas au sujet du corps, mais à partir des représentation et de l'expérience visuelle qui les sous tend. Cette histoire n'est pas un donné immédiat; elle est construite, comme toute histoire, mais ce qui la rend nouvelle et remarquable, c'est que l'hypothèse de travail du livre donne au visuel et aux images une place primordiale. Osborne prend le parti de lire sur les corps grecs tels qu'ils nous sont donnés à voir, sans a priori, l'histoire qu'il met en œuvre.

Le livre est très clairement structuré en 8 chapitres denses et fortement argumentés, précédés d'une introduction qui justifie cette organisation. Le premier chapitre (Writing history on the classical body) pose le problème de la différence entre les informations que nous donnent les textes et celles que fournissent les représentations figurées. Il remet en cause la projection d'interprétations fondées sur la documentation textuelle, qui ne se retrouvent pas forcément dans les images. Si les textes distinguent aisément le citoyen de l'esclave, il n'en va pas de même dans l'expérience vécue, et visuellement la distinction entre ces deux catégories n'est pas aussi évidente que textuellement.

Le second chapitre (The appearance of the classical Greek body) analyse la manière dont les modernes ont insisté sur le cractère athlétique du corps grec, alors que les articulations paraissent plus importantes en fait que les muscles. C'est en comprenant la grille interprétative des anciens à propos du corps (grille qui nous est proposée par les écrits des médecins, par le canon des sculpteurs) que l'on a chance de mieux comprendre les représentations qu'ils en donnent.

Les chapitres qui suivent portent sur des différentiations qui se trouvent dans les textes, mais ne sont pas si évidentes dans les représentations figurées. Le chapitre 3 (The distinguished body) analyse ce qu'il en est de ces différentiations sociales dans deux ensembles figuratifs athéniens: la céramique à figures rouges et les stèles funéraires. On ne peut comprendre les distinctions sociales impliquées par ces images que si l'on tient compte de leur contexte d'usage et de leur insertion dans l'espace visuel athénien. Aucune de ces image ne renvoie à 'l'homme de la rue': leur processus d'élaboration commande l'image qui est donnée du corps. En utilisant, à titre de contre épreuve, les Caractères de Théophraste, Osborne montre quelles sont les attentes devant un corps rencontré dans la cité. Elles sont en partie identiques à ce que montrent les images, mais aussi fort différentes, car les Caractères mobilisent l'analyse du comportement des individus, de leur agentivité (agency), ce dont l'image ne se soucie pas.

Le chapitre 4 (The citizen body) aborde la notion de citoyenneté pour en dénoncer les a prioris modernistes. Alors que les historiens contemporains insistent pour faire de la citoyenneté l'exercice de droits politiques, en privilégiant la Constitution d'Athènes ou les textes juridiques, qui sont riches en informations dans ce domaine, Osborne montre que le citoyen athénien est davantage caractérisé par son appartenance à une communauté et à un système de valeurs partagées. Les distinctions qu'opère le droit ne sont pas essentielles pour dire la biographie d'un défunt. On comprend mieux dès lors pourquoi les artistes se sont peu intéressés à montrer l'exercice des droits civiques (vote, délibération, etc..)

De même, comme le montre le chapitre 5 (Foreign bodies), l'altérité de l'étranger est mise en évidence visuellement dans les représentation mythiques où elle est nécessaire à la compréhension de l'image, mais utilisée différement pour ce qui est du quotidien. Dans ce dernier cas les marqueurs d'ethnicité, liés à la coiffure et au vêtement (soit des marqueurs culturels) et non au corps lui même comme objet naturel, permettent de caractériser des rôles sociaux dans la communauté athénienne.

Les deux chapitres suivants se tournent vers des problèmes d'histoire des religions. Le chapitre 6 (Dirty bodies) est consacré à une discussion serrée de la notion d'impureté et de pollution, remettant en cause, après V. Valeri, les propositions de M. Douglas. Pour un Athénien, l'impureté n'est pas plus visible que la citoyenneté. Ici encore les images ne rendent cette catégorie perceptible qu'à travers une mise en scène qui contextualise le corps et le met en situation, qu'il s'agisse du suppliant se purifiant d'un meurtre, de l'accouchée polluée par le sang, ou du défunt dont le contact souille la maisonnée. C'est à nouveau Théophraste (Caractères, 16) qui permet de percevoir ce qui est pensé comme souillure, non les images.

Le chapitre 7 (Godsbodies) se concentre sur le corps des dieux. L'anthropomorphisme des dieux grecs rend souvent imperceptible la distinction entre mortel et immortel et les auteurs parlent fréquemment de la statue du dieu comme si c'était le dieu lui même. Osborne montre que la révolution introduite par Phidias porte à la fois sur la monumentalité du Zeus d'Olympie et les conditions dans lesquelles il est perçu par le spectateur; cette révolution a des conséquences théologiques, sur la nature des dieux, qui ne s'étendent pas uniformément à tous les dieux, le cas d'Aphrodite étant par exemple distinct.

Le dernier chapitre (Telling bodies) reprend tous ces éléments pour souligner l'écart entre discours textuels et discours visuels. Les discriminations que permettent l'un ou l'autre de ces registres régulent de façons différentes les comportements dans la cité. Osborne cherche à rendre aux Grecs leur corps et à ouvrir plus largement le spectre de l'analyse historique.

Le livre est beaucoup plus complexe et nuancé que ce compte rendu ne le suggère. Il fera sans doute grincer les dents de ceux qui s'en tiennent à des polarités éclairantes certes, mais trop simplificatrices. Les historiens qu'Osborne critique sont parfois réduits de manière un peu caricaturale à un simplisme qui sert la démonstration mais ne rend pas toujours justice à la complexité de leur propre argumentation. Mais on saluera l'effort que propose Osborne pour tenter de comprendre ce qui se voyait et comment la rencontre du corps d'autrui, qu'il soit citoyen, étranger ou même divin était concrètement vécue. Que l'expérience visuelle, et la trace qu'en laissent pour nous les représentations figurées, soit enfin prise en compte pour ce qu'elle est, et non comme un appoint purement illustratif, commence à être une évidence pour les historiens. Mais la pratique reste rare et il faut remercier Osborne d'avoir tenté, dans ce livre complexe et foisonnant, de sortir des limites des textes, et de montrer non seulement que cela était faisable, mais encore comment cela pouvait être fait.

François Lissarrague