Rezension über:

Émile Kappler: Les conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au XVIIe siècle (= Vie des Huguenots; 59), Paris: Editions Honoré Champion 2011, 954 S., ISBN 978-2-7453-2145-9, CHF 174,25
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Rezension von:
Jean Bernier
Institut d'histoire de la Réformation, Université de Genève
Redaktionelle Betreuung:
Matthias Schnettger
Empfohlene Zitierweise:
Jean Bernier: Rezension von: Émile Kappler: Les conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au XVIIe siècle, Paris: Editions Honoré Champion 2011, in: sehepunkte 11 (2011), Nr. 11 [15.11.2011], URL: http://www.sehepunkte.de
/2011/11/20200.html


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Émile Kappler: Les conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au XVIIe siècle

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Depuis plusieurs années déjà, les spécialistes de l'histoire du protestantisme français ont reconnu les mérites de la thèse de doctorat d'Émile Kappler (1911-1993) soutenue en 1980 et celle-ci, bien que difficile à consulter du fait de sa non publication, était mentionnée à l'occasion dans les références d'articles ou de monographies. Après avoir fait paraître la Bibliographie critique de l'œuvre imprimée de Pierre Jurieu établie par le même É. Kappler, l'éditeur Honoré Champion eut la bonne idée de publier cette étude ambitieuse sur les conférences théologiques dont la rigueur de la méthode et le sérieux de l'analyse lui ont permis de traverser les décennies en prenant à peine quelques rides.

L'auteur regroupe sous le vocable de conférence théologique "toute rencontre publique ou privée, qui a fait l'objet d'une discussion verbale entre deux théologiens de religion opposée, sur des points controversés de doctrine ou de pratique" (18). Son étude est basée sur un corpus de sources se rattachant à 166 conférences entre catholiques et protestants français qui eurent lieu entre 1593 (année de la conversion du roi Henri IV) et 1685 (année de la révocation de l'édit de Nantes). Bien qu'elles en soient venues à constituer un élément assez important dans la stratégie de reconquête des protestants par le clergé catholique, les conférences théologiques semblent avoir été le plus souvent le résultat d'une initiative personnelle plutôt que concertée. Les autorités séculières ne souhaitaient généralement pas la tenue de conférences parce qu'elles craignaient que celles-ci échauffent les esprits et soient la source de désordres, voire de violence. Kappler rappelle aussi que la Discipline des Églises réformées de France interdisait aux pasteurs de chercher à débattre de points de dogmes ou de pratiques avec des membres du clergé catholique. Sauf de très rares exceptions, les initiateurs de ces débats étaient donc des catholiques qui voyaient en ces rencontres le meilleur moyen de confronter directement, voire de vaincre par les mots, leurs adversaires les protestants, bien que les membres supérieurs de la hiérarchie considéraient le plus souvent ces duels dangereux.

Dans la première section du livre, l'auteur présente son analyse des conférences théologiques et les très nombreuses sources consultées lui permettent de dégager plusieurs typologies dignes de confiance. À l'égard des acteurs, outre le président et les intervenants (qui peuvent être au nombre de deux ou quatre), Kappler signale la présence de deux modérateurs désignés par les opposants ou le président, deux secrétaires, ainsi qu'à l'occasion des vérificateurs de passages, qui avaient pour tâche de contrôler les citations ou allusions faites au texte de la Bible ou des Pères de l'Église. Le public pour sa part était composé en principe d'un nombre égal de catholiques et de réformés. Il devait rester coi tout au long des échanges et des forces de l'ordre étaient présentes pour faire respecter cette consigne. Le débat était ouvert par l'exposition d'un syllogisme par l'un des intervenants sur le thème choisi en commun; une disposition constante stipulait, en effet, que les échanges devaient se faire sous forme catégorique. Une conférence théologique pouvait se poursuivre sur plusieurs séances; suite au face à face, des actes des conférences étaient publiés, mais il n'était pas rare que les adversaires s'accusent réciproquement d'avoir modifié ce qui avait été recueilli par les secrétaires. Kappler a pu constater au cours de ses recherches que les sources protestantes relatives aux conférences sont beaucoup moins nombreuses dans les bibliothèques et il conclut "qu'une action a été entreprise au cours du XVIIe siècle et au moment de la révocation contre les livres de la religion réformée" (80). Les conférences semblent avoir été particulièrement fréquentes au cours des trois premières décennies du XVIIe siècle. En ce qui concerne la répartition géographique, outre l'Ile-de-France, le plus grand nombre de conférences retracées se trouve en France méridionale (Dauphiné, Languedoc) et occidentale (Basse-Guyenne, Normandie, Poitou). Le chapitre sur les thèmes de la controverse, quoique nécessaire pour faire un traitement complet du sujet étudié, est moins original, car catholiques et protestants débattirent pendant ces conférences théologiques des thèmes majeurs qui les divisaient depuis les débuts de la Réforme, soit du statut de la Bible, de la tradition, des sacrements et notamment de la transsubstantiation, du culte des saints, du purgatoire, etc. En revanche, le chapitre sur la méthodologie des conférences verbales fournit des détails forts intéressants, en particulier sur la méthode polémique de François Véron qui connut un certain succès et qui, partant du critère de sola scriptura, exigeait des protestants la démonstration que tout ce qu'ils avançaient se trouvait textuellement dans la Bible, jusqu'à leurs syllogismes!

Les conférences analysées sont présentées individuellement dans un répertoire qui constitue la deuxième section du livre. Kappler indique le nom des intervenants catholiques et protestants, le lieu de la conférence, ainsi que sa date. Les sources qui lui ont permis de connaître l'existence de ces conférences sont mentionnées; il s'agit, dans la très grande majorité des cas, d'ouvrages rédigés par les intervenants suite aux débats. L'auteur indique aussi dans quelles bibliothèques se trouvent ces ouvrages et procure un résumé des circonstances et des matières traitées à la longueur très variable (quelques lignes à quelques pages); pour certaines conférences, une petite bibliographie de sources secondaires qui traitent de cette conférence ou de ses acteurs est ajoutée. Le livre contient trois annexes: une première répertorie les conférences antérieures à 1593; une seconde annexe mentionne les conférences qui eurent lieu pendant la période étudiée, mais pour lesquelles l'auteur n'avait pas assez d'information pour les intégrer à son corpus principal; une troisième annexe, enfin, présente de courtes notices biographiques sur tous les intervenants des conférences répertoriées.

L'avant-propos, très éclairant, d'Olivier Christin aide au lecteur à comprendre en quoi le travail de Kappler sur les conférences théologiques est considérable et pourquoi il méritait toujours d'être publié. Il met également en évidence deux aspects du livre de Kappler qui auraient mérité, à son avis, un traitement plus approfondi: Kappler, en effet, accorde assez peu d'attention au passage de l'oral à l'écrit et surtout aux différentes stratégies de publication, bien qu'aux yeux d'un historien contemporain cette problématique s'inscrive tout naturellement dans le projet. Deuxième point relevé par Christin, l'auteur ne s'intéresse pas beaucoup au public présent lors des conférences théologiques. Il donne un peu l'impression au lecteur que ce public était indifférencié, alors que ce n'était certainement pas le cas et que celui-ci avait inéluctablement un impact sur le déroulement et le contenu des débats. Le chantier historique des conférences théologiques reste donc toujours ouvert, mais il ne fait aucun doute que le travail de Kappler demeurera encore très longtemps pour les étudiants et les chercheurs en histoire du protestantisme une référence incontournable.

Jean Bernier