Rezension über:

César Carreras Monfort: Economía de la Britannia romana. la importación de alimentos (= Col·lecció: Instrumenta; Vol. 8), Barcelona: Universitat de Barcelona 2000, 344 S., ISBN 9788447524488, EUR 41,48
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César Carreras Monfort / Pedro Paulo A. Funari: Britannia y el Mediterráneo. Estudios sobre el abastecimiento de aceite bético y africano en Britannia (= Col·lecció: Instrumenta; Vol. 5), Barcelona: Universitat de Barcelona 1998, 406 S., ISBN 9788447519507, EUR 35,70
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Rezension von:
Fanette Laubenheimer
CNRS, Equipe Archéologie de la Gaule-UMR7041 ARSCAN, Nanterre
Redaktionelle Betreuung:
Sabine Panzram
Empfohlene Zitierweise:
Fanette Laubenheimer: Economía de la Britannia romana (Rezension), in: sehepunkte 7 (2007), Nr. 1 [15.01.2007], URL: http://www.sehepunkte.de
/2007/01/11028.html


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Economía de la Britannia romana

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Les auteurs sont déjà engagés dans l'étude du commerce de l'huile de Bétique en Bretagne depuis plusieurs années, pour l'un au travers des timbres, pour l'autre au travers des réseaux de transport. Conjuguant leurs efforts, ils offrent ici une vision totalement renouvelée de la situation. Le sous-titre est un peu trom-peur, on parlera essentiellement de l'huile de Bétique et à peine de celle d'Afrique, il y a un déséquilibre certain entre les amphores à huile de la vallée du Guadalquivir aux multiples estampilles (1842 recensées ici pour la Bretagne) et les autres au contenu parfois incertain et aux marques rares. Les auteurs seront bien volontiers pardonnés tant la nouveauté de leur approche est intéressante. Un regard sur la typologie des Dressel 20 tempère l'image d'une évolution trop régulière du profil des lèvres et des anses en s'appuyant notamment sur la diversité du matériel de l'épave de Cala Culip IV et celle, inévitable, des tours de main dans la centaine d'officines connues: c'est une ouverture à l'étude typologique du matériel des ateliers qui pour l'instant manque. Nouveauté: une étude sur les dimensions des cartouches des timbres qui fait ressortir une recherche de standardisation. Le catalogue des timbres sur Dressel 20, fort riche et présenté à la fin du volume, tel un outil, il va servir de base à divers types d'analyses et de raisonnements. Comme les amphores non timbrées ne sont jamais prises en compte, on aurait souhaité, au préalable, avoir des indications plus précises sur la valeur de ce corpus: par exemple la proportion des amphores non timbrées en général, puis suivant les ateliers et suivant les périodes. L'analyse porte sur la distribution des timbres dans six centres urbains les plus importants de Bretagne, en fonction des cinq grands pôles de fabrication et de leur évolution dans le temps. Des graphiques convaincants indiquent non seulement le détail de l'approvisionnement par site, par atelier et par période, mais démontrent clairement que certains lieux de production comme La Catria et Canama sont spécifiquement liés aux sites militaires tandis que d'autres, comme Arva, sont en relation avec les sites civils. Des cartes de la Bretagne avec indication de la densité des amphores timbrées montrent que la consommation est d'abord militaire et comment elle suit, dans le temps, les points forts de l'occupation militaire. L'évolution des sites fournisseurs évoque des contacts organisés avec l'administration publique. Une comparaison est dressée avec la Germanie (où 1200 timbres environ sont recensés) et la Gaule, par analyse en composante principale (seuls les résultats sont donnés). Plusieurs questions émergent de ces observations: par exemple, à la période julio-claudienne, la présence de mêmes groupes de timbres en Bretagne comme dans la région de Lyon et leur absence en Germanie signifie-t-elle une liaison directe Bétique-Bretagne par l'Atlantique d'une part et une rupture de charge à Lyon avec reconditionnement d'autre part? Sous les Flaviens, la variation des timbres en Bretagne et Germanie suggère des relations privilégiées entre un producteur et une région. Une autre analyse montre que les conventus iuridici de Bétique ont chacun en Bretagne une zone d'exportation privilégiée. La vision globale d'échanges d'une telle ampleur est à plus d'un titre novatrice, il reste à souhaiter qu'elle se précise et continue à se développer.

Le livre "Economia de la Britannia romana: la importacion de alimentos" présente, dans sa première partie, un manuel qui fait un point méthodologique sur l'économie romaine, les méthodes de quantification et la typologie des amphores découvertes en Bretagne. La distribution des produits donne lieu ensuite à des cartes établies sur les nombreuses quantifications d'amphores effectuées en Angleterre ce qui est particulièrement intéressant. Les cartes de distribution des amphores par types, pour l'Occident romain, sont, en revanche, moins fondées et aléatoires, de même que celles qui prennent en compte le nord-ouest de l'Empire en incluant notamment l'Ouest de la France dont les données ne sont pas connues. Les derniers chapitres s'intéressent à la distribution provinciale, aux commerçants aux mécanismes et aux stratégies d'échanges, avec digrammes, modèles de simulation et différenciation entre les systèmes économiques civil et militaire.

L'auteur propose ici une vaste enquête qui couvre la totalité de la province de Bretagne, à la limite de l'Empire romain, et qui vise à démontrer l'interdépendance de cette île avec le reste des provinces romaines. Le fil conducteur ce sont les amphores. Dans une première partie générale et théorique, l'auteur fait un historique documenté des études sur l'économie romaine. Il rappelle les théories des XVIIIe et XIXe s. et leur influence. Pour le XXe s., il analyse l'école néoclassique et l'école marxiste et la contribution d'autres sciences comme l'histoire l'anthropologie et la géographie. Il confronte ensuite les amphores et le marché dans l'économie romaine. La seconde partie est méthodologique et concerne la quantification et l'échantillonnage. Nous trouvons ici un manuel didactique très utile. On regrette que ne soient pas pris en compte les actes de la table ronde du centre Archéologique européen du Mont Beuvray: La quantification des céramiques , conditions et protocole, sous la direction de P. Arcelin et M. Tuffreau-Libre, collection Bibracte 2, 1998. Pour mener son enquête globale sur la Bretagne, l'auteur discute de la pertinence des sites choisis, un certain nombre, aux collections d'amphores suffisantes, bien répartis et représentatifs de différentes fonctions. Le détail des comptages par sites n'est pas présenté. C. Carreras Monfort introduit ensuite les paramètres retenus dans un Système d'Information Géographique, SIG qui permet de faire des simulations et des cartes de distribution des objets tout à fait passionnantes et nouvelles.

La troisième partie, très didactique ,donne la liste des types d'amphores présents et les timbres associés. Des cartes de répartition par types dans l'Occident romain sont parfois proposées, indiquant l'état des connaissances de l'auteur à une échelle aussi immense.

Très synthétique est la partie quatre dans laquelle l'auteur analyse la distribution des amphores dans la province de Bretagne avec une grande abondance de cartes. Successivement il traite de l'huile, dont la Bétique tient le monopole, des vins les plus fréquents aux plus rares, des salaisons de poisson, surtout espagnoles, et des autres aliments. On retiendra, en particulier, les cartes globales de distribution par types d'amphores  très signifiantes et détaillées. C'est sans doute la partie la plus novatrice de l'ouvrage avec une visualisation des distributions jusque-là inconnue.

Le chapitre cinq concerne la distribution interne de la province: qui consomme quoi ? Il présente d'abord les réseaux de communication; voies, fleuves navigables et ports avec un tableau du rendement (km / Heure) suivant les conditions de transport. L'attrait de la population pour le commerce et le pouvoir d'achat sont examinés comme les habitudes alimentaires et l'acculturation par l'alimentation.

Le chapitre six est consacré aux commerçants et aux mécanismes d'échange, commerce externe et commerce interne. Il s'intéresse aussi aux marchands et aux produits, ainsi trouve-t-on beaucoup de negociatores gaulois à mettre en relation avec les très nombreuses amphores Gauloise 4. Un modèle de simulation des échanges à longue distance en SIG est proposé. Il donne une nouvelle façon d'aborder l'économie romaine.

Ultime étape de la recherche, le chapitre sept pose la question de savoir si l'analyse de la distribution des amphores en Bretagne offre de nouvelles perspectives économiques et améliore nos connaissances. Il apparaît que le témoignage des amphores constitue une contribution significative pour l'interprétation théorique de l'économie romaine.

Fanette Laubenheimer